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Une solution bricolée n’est jamais qu’un problème nouveau ajouté au problème existant, alors que Macky Sall remet ça au Burkina Faso après la Casamance

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Mardi 22 septembre, 2015 10:09  | Consulté 1533 fois  |  0 Réactions  |   

Il est une vérité de fait selon laquelle Macky Sall est né après l’indépendance déclarée du Sénégal. Ce qui n’est cependant pas, en soi, une valeur innée, ni une valeur nouvelle ; ça n’est tout simplement pas une valeur. C’est si vrai que sa qualité de ‘‘sujet n’ayant pas connu la colonisation’’ ne confère pas nécessairement à Macky Sall une autonomie de pensée en termes notamment de « prospective » politique. On a même affaire à un Macky Sall qui peine à tirer le moindre pouvoir créateur de ce qui passe pourtant pour un avantage pour lui.

Aussi, suis-je né tout comme lui après l’indépendance déclarée du Sénégal. Mais, à la différence de Macky Sall, et je le revendique sans ambages, je suis profondément attaché à l’idée d’après laquelle, dès lors que c’est l’esprit qui conçoit, crée ou réforme, par exemple les institutions, il faut d’abord et fondamentalement changer l’esprit avant de changer ou de réformer les institutions.

Mon combat pour la Casamance et pour le Sénégal avec les cinq autres Régions naturelles du pays participe de cela. Un combat authentique, c’est-à-dire vrai, par cela seul qu’il mobilise pratiquement toute mon énergie, et sincère de par son intensité, sa dimension nationale et sa portée sous-régionale voire régionale. A la base, il y a bien évidemment une pensée, ou une réflexion : Comment passer de l’existence chaotique de la Casamance-au-Sénégal à sa coexistence harmonieuse et heureuse avec les autres Régions naturelles du pays, sans complaisance affective, ni compromission intellectuelle, morale ou éthique ?

Cette pensée, ou cette réflexion, je la veux révolutionnaire, résolument révolutionnaire ; tandis que Macky Sall et son régime, comme d’autres avant eux, la considèrent comme une pensée ou une réflexion subversive.

Ainsi, comme individu, Macky Sall ne connait pas l’expérience de la dépendance coloniale. En tant que Citoyen sénégalais, il ne connait pas non plus les servitudes propres aux pouvoirs dictatoriaux ou issus de putschs militaires. Son régime n’en reproduit pas moins, dans l’exercice du pouvoir, les mêmes écueils.

C’est que tout laisse à croire que Macky Sall n’est pas un adepte de la réflexion maturante, même si la peur de décider en certaines circonstances, qui entraîne généralement le fait de ne pas décider, a tendance chez lui à en attester le contraire. Macky Sall apparaît plutôt comme un homme coutumier de l’agir spontané, en tant que celui-ci participe de l’ici-et-maintenant, et seulement de cela : il nait, s’épanouit puis s’évanouit aussitôt dans le présent immédiat. En l’occurrence, la réflexion, en vue notamment d’une solution courageuse, mais éminemment politique et institutionnelle, au « problème casamançais », est totalement et objectivement, et pour notre grande désolation, absente de lui. Et c’est bien là un manquement criard d’un point de vue éthique. Car, à la vérité, face à ce problème, et pour y apporter définitivement la solution appropriée, une question d’ordre éthique – et une seule ! – se pose : Quoi inventer, pour poursuivre et éventuellement atteindre quels buts heureux, et à la faveur de quels actes ou actions ?

Une telle démarche est donc valable pour traiter d’un problème comme le « problème casamançais ». Mais elle aurait dû aussi matérialiser l’esprit qui est à la base de la Médiation de la CEDEAO conduite au Burkina Faso par le président Macky Sall pour tenter de trouver une solution à la crise politique qui y prévaut, suite au putsch militaire perpétré le 17 septembre 2015 par le Régiment de sécurité présidentiel (Rsp). Encore faut-il, en l’espèce, faire preuve d’un esprit asymptomatique, c’est-à-dire un esprit indemne des schèmes qui font la triste réputation de nos aînés, lesquels ont connu la colonisation avec ses affres et autres turpitudes.

Or, je crains que la légitimation du putsch, que la Médiation de la CEDEAO vient de nous servir, peut-être involontairement, avec notamment un général-chef-des-putschistes accueillant en tant que leur homologue les présidents sénégalais et béninois, ne soit en l’occurrence contre-productive. Pis, le projet de sortie de crise préconisé est tout sauf un projet bien pesé et bien réfléchi. En fait, la solution de sortie de crise préconisée par la Médiation de la CEDEAO est une solution bricolée, c’est-à-dire un problème nouveau ajouté à la crise existante. Et ce, il faut le dire et le dénoncer, à la faveur du « masla » sénégalais, si indûment distillé dans ce processus de médiation par le président Macky Sall. Qui plus est, le « masla » sénégalais, autre synonyme de la « fuite devant ses responsabilités » ou de l’« impunité versus sénégalais », ne saurait être, ni une denrée propre pour la consommation locale, ni a fortiori un produit destiné à l’exportation.

Je crains fort également qu’il ne s’agisse, au Burkina Faso, avec cette médiation, de la reproduction pure et simple de ce qu’il se passe en Casamance, dans le pilotage à vue de ce que nous appelons communément le processus de paix.

De plus, le mysticisme, qui veut que la seule alternative au projet de sortie de crise soumis par la Médiation de la CEDEAO soit le chaos, témoigne de la faiblesse de la toute-puissance présomptive des Médiateurs dans la gestion de la crise. J’ai cru d’ailleurs rêver en entendant cette assertion de la bouche même du président Macky Sall, d’autant que nous sommes d’ores-et-déjà dans le chaos au Burkina Faso.

Quoi qu’il en soit, la Médiation de la CEDEAO a cruellement manqué de donner sens à sa médiation au Burkina Faso, soit qu’elle n’en ait pas eu les qualités humaines, soit qu’elle ne l’ait guère songé, soit qu’elle n’ait tout simplement pas voulu s’en donner la peine. Ce qui n’honore pas l’Afrique et les Africains.

Dakar, le 21 septembre 2015.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Mouvement pour le Fédéralisme

et la Démocratie Constitutionnels (MFDC-fédéraliste)

 L'auteur  Jean-Marie François Biagui
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