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Tout est-il permis au nom du « développement durable » de la Casamance ?

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Dimanche 29 octobre, 2017 14:10  | Consulté 100 fois  |  0 Réactions  |   

Nous suggérions, dans un passé récent, que nous n’avions qu’une Casamance et un Problème Casamançais. En réalité, dans le contexte qui sied, l’expression ‘‘Problème Casamançais’’ est un pléonasme, puisqu’en l’espèce il n’y aurait de problème que casamançais. C’est si vrai que, depuis le déclenchement en 1982 du conflit en Casamance, qui oppose l’Etat et ce qui va devenir le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), les termes ‘‘Casamance’’ et ‘‘Casamançais’’ ont littéralement disparu du lexique officiel ou institutionnel. Et ce, en guise de réponse inconsidérée au problème éminemment politique et institutionnel que ce conflit sous-tend.

Or, il ne saurait n’y avoir qu’un problème casamançais, mais des problèmes casamançais, en Casamance. Sachant, toutefois, qu’il n’existe pas, mais alors pas du tout, de Casamance de rechange. De sorte que sa disparition en tant que telle, même symbolique, serait préjudiciable pour tout le monde, indépendantistes et non-indépendantistes casamançais réunis.

Qu’à cela ne tienne, entre ceux qui veulent une indépendance de la Casamance qui sanctionne conséquemment son « aventure sénégalaise », remettant en cause la « Question nationale » et dénonçant du même coup l’idée tyrannique selon laquelle il n’y aurait de développement en Casamance que pour autant que celle-ci soit et demeure sénégalaise, et ceux qui embrassent du regard la Casamance dans les limites actuelles et exclusives du Sénégal, niant pour leur part l’idée que la Casamance puisse jamais se développer en disposant de son destin propre, entre ceux-ci et ceux-là, donc, le dialogue semble impossible.

Il existe pourtant une synthèse, sinon une troisième voie : Le développement durable de la Casamance, ou en Casamance, aussi bien socioéconomique et culturel que politique et institutionnel. C'est-à-dire, un développement respectueux et soucieux, non seulement des hommes, mais aussi de leurs institutions, de leur environnement et des écosystèmes dans lesquels ils baignent. En fait, un développement respectueux et soucieux de la Nature.

‘‘Pour ou contre l’indépendance de la Casamance ?’’, jadis. Et de nos jours, ‘‘Pour ou contre l’exploitation du zircon en Casamance ?’’. Soit deux époques et deux interrogations, qui n’en constituent pas moins, respectivement, une ère, une seule, celle de la Casamance (avec notamment son histoire, sa culture et son territoire propres), et une question, fût-elle la seule qui vaille : Pour ou contre le développement durable de la Casamance, ou en Casamance ?

Lorsqu’on parle de développement durable, la notion même de « durabilité » est généralement occultée, en tout cas toujours galvaudée, en ce qu’elle apparait comme une dimension intégrante du concept de développement. Or tout développement n’est pas durable.

Prenons l’exemple de la Casamance et ne considérons que ce cas. Nous retiendrons alors que, pour exister comme telle et de manière durable, ou pérenne, la Casamance a besoin, en priorité : (i) de sanctuariser sa culture ou son patrimoine culturel ; (ii) de conserver et de protéger son patrimoine naturel ; (iii) de rendre pérennes sa Ressource humaine (sa population) et le capital humain qui en dépend (compétences et qualifications, capital social en termes notamment de réseaux et de relations) ; (iv) en veillant tout particulièrement à ce que les biens publics (essentiels) produits, ou à devoir produire, en tant que réponses aux besoins publics (essentiels), ne constituent aucunement un obstacle à la pérennité de la Casamance en tant que telle ; (v) et tout cela, dans le cadre d’une Casamance autonome, juridiquement, techniquement et financièrement, avec notamment à sa tête un gouvernement et un parlement régionaux élus et autonomes, au même titre que les autres régions naturelles du pays. Soit, pour paraphraser un propos du Premier ministre Michel Rocard repris opportunément par le philosophe Michel Onfray, la voie indiquée pour décoloniser les Régions naturelles du Sénégal, en bottant ainsi en touche le modèle étatique jacobin, ultra centralisateur et aliénant, dont nous avons hérité de la colonisation française. Et c’est possible. Mieux, c’est à réaliser.

C’est donc tout l’enjeu du « Projet d’exploitation du zircon en Casamance », tant vanté par les uns et si décrié par les autres. Enjeu quant à l’avenir existentiel du Sénégal d’une part, et de la Casamance d’autre part, si, cependant, l’on ne perd point de vue que la Nation est et reste une idée, voire une haute idée ; et la Région ou la Province, une réalité.

Aux dires de certains, et parmi eux des experts, l’espérance de vie dudit projet serait de trois ans, tout au plus, tandis que son impact sur les hommes, sur l’environnement et sur les écosystèmes serait quant à lui incommensurable, tant dans son ampleur (en termes de dégâts directs ou collatéraux) que du point de vue de sa longévité. Autrement dit, trois petites années pour « se soulager » en Casamance, mais des dizaines d’années voire des siècles pour éventuellement en payer le prix fort.

Mais, attention ! Le jury ayant attribué, le 8 octobre 2004, le Prix Nobel de la Paix à la ministre kenyane Wangari Maathai, n’avait-il pas rappelé à cette même occasion que « La Paix sur la Terre dépend de notre capacité à protéger notre environnement vivant » ? Souvenons-nous en tout cas que, pour parvenir à cette fin légitime, Wangari Maathai n’hésitait pas pour sa part à prôner la lutte armée.

Qu’une bonne partie de la population casamançaise et, avec elle, le MFDC et des acteurs de tous horizons, dont des étrangers, expriment leur opposition au « Projet d’exploitation du zircon en Casamance », parce qu’ils doutent de son opportunité, cela ne saurait participer d’un malentendu, qu’il suffirait de lever au moyen d’une campagne dite de sensibilisation.

Autrement dit, il ne suffit pas, pour en convaincre les tenants du « Non au Projet », de « bien » communiquer sur la question, même si certains acteurs, reconvertis pour le coup en groupes de pression, s’y exercent avec ruse, en ayant cependant bien en vue l’objectif inavoué de provoquer une reprise des hostilités en Casamance, synonyme de relance des activités de la pègre casamançaise.

En effet, ces groupes de pression s’emploient – en communiquant « bien », comme ils savent si bien le faire – à démontrer que la vérité du « Projet d’exploitation du zircon en Casamance » ne se trouve pas dans ledit projet, mais tout entière dans leur intelligence, la leur propre ; et qu’il suffit de les écouter, pour découvrir à cet effet la quintessence même de cette vérité et, à terme, convenir avec eux de la « justesse » dudit projet.

Nous avons pris assez de bouchon pour nous méfier assez de nous-même et pour ne plus nous voiler la face devant les manœuvres dévastatrices de l’establishment diabolico-politico-affairiste de la Casamance, autre appellation de la pègre casamançaise.

Or, il est de notoriété publique que la mafia casamançaise est née avec le « conflit casamançais » ; qu’elle a connu ses heures de gloire au plus fort de ce dernier ; et que, par conséquent, la situation de ni guerre ni paix, qui prévaut en Casamance, ne peut aucunement faire son affaire. Bien au contraire, elle en est bougrement malade.

Plaise aux populations éprouvées de la Casamance que cette dernière ne s’en remette jamais !

Dakar, le 29 octobre 2017.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

 L'auteur  Jean-Marie François Biagui
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Jean-Marie François Biagui
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