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On a beau être intelligent, il y aura toujours mieux outillé intellectuellement que soi

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Mercredi 05 février, 2014 11:52  | Consulté 2060 fois  |  0 Réactions  |   

On a beau être intelligent, il y aura toujours mieux outillé intellectuellement que soi

Quand 20% du maquis casamançais en valaient 100%

Le Groupe de réflexion pour la paix en Casamance (GRPC) ou le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ (car, de l’aveu même de son animateur, mais sans davantage de précision, il serait composé de deux entités, l’une s’activant en Casamance et l’autre à Dakar, dont des cadres du pays et pas des moindres, notamment d’anciens ministres et directeurs, bref de hautes personnalités), est formel : 80% du maquis casamançais lui sont acquis, qui seraient incarnés par César Atoute Badiate (sud-ouest), Ibrahima Compasse Diatta (sud-est) et le nommé Lamarana (Diakaye, dans le département de Bignona), tous trois des chefs de guerre autoproclamés de ATIKA, la branche armée du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC).

A la vérité, jusqu’à un passé récent, ce groupe revendiquait le « contrôle » des 100% du maquis casamançais, aux dépens de l’aile politique du MFDC. Salif Sadio, autre chef de guerre autoproclamé, était alors totalement acquis à ce groupe, avec les 20% du maquis que ce dernier lui prête ; et ce, malgré sa réputation d’élément réfractaire à toute idée de négociations de paix. Qui plus est, le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ va user de cette conquête pour « offrir » Salif Sadio et ses supposés 20% du maquis casamançais à Sant’Egidio, à la faveur notamment d’une campagne bien huilée tendant à impliquer, comme médiateur, dans la gestion de la crise casamançaise, et à des fins inavouées, cette ONG basée à Rome, en Italie.

En fait, dans l’entendement pro-alchimique du ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’, les 20% attribués à Salif Sadio équivalaient, en ce temps-là, à eux seuls, aux 100% du maquis casamançais, tandis que leur collusion avec Sant’Egidio participerait d’une stratégie susceptible de mener à la « paix » en Casamance, selon le vœu ou la vision mêmes dudit groupe, c'est-à-dire : la « paix » en tant que la conséquence de négociations sur la question de l’indépendance pure et simple de la Casamance. Or, et ce groupe le sait mieux que personne, l’indépendance ne se négocie pas, elle s’arrache, militairement ou politiquement. Par conséquent, des négociations sous l’égide de Sant’Egidio, et de surcroît à l’étranger, sur la seule question de l’indépendance pure et simple de la Casamance, déboucheraient nécessairement sur un échec d’autant plus retentissant que la communauté internationale en aurait été le témoin par excellence. Ce qui donnerait une légitimité encore plus grande à la lutte armée, qu’il ne faudrait guère éteindre, sous aucun prétexte, mais qu’il conviendrait au contraire et plus que jamais de poursuivre, avec cette fois-ci des moyens autrement plus importants et plus efficaces, en vue précisément de l’indépendance de la Casamance.

Cependant, une chose a pu échapper au ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’, à savoir que Sant’Egidio est une ONG qui se veut indépendante. Elle a beau être d’obédience catholique, elle ne s’identifie pas pour autant au Vatican. Pas même à l’Ordre de Malte, même si elle en est un membre actif, fût-ce uniquement par le truchement de quelques uns de ses dirigeants et autres laudateurs. Aussi, et à plus forte raison, si Sant’Egidio avait bien accueilli l’offre du ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’, avec notamment son entrée en collusion avec Salif Sadio, elle ne pouvait manquer de signifier à ce groupe sa volonté et sa décision de piloter le processus ainsi enclenché en toute indépendance. Et patatras ! Mieux, ou pis, c’est selon, Salif Sadio et ses supposés 20% du maquis casamançais vont incidemment s’affranchir de la tutelle du ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’.

C’est alors que Sant’Egidio « la sainte » va devenir, du moins aux yeux du ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’, « la putain » qui ne « fricoterait » qu’avec Salif Sadio et qui ignorerait ainsi les autres chefs rebelles César Atoute Badiate, Ibrahima Compasse Diatta et Lamarana. Et le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ de surenchérir sans vergogne en ces termes : « il faut que tout le monde soit mis au même pied… Sant’Egidio gagnerait à parler avec tous les chefs rebelles, d’autant plus que les trois autres représentent à eux seuls 80% des combattants sur le terrain et ils travaillent sans relâche avec le (‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’)… Le travail en solo de Sant’Egidio ne nous facilite pas la tâche, alors qu’il est impératif d’harmoniser toutes nos positions pour avoir une vision commune…» Entendez : Salif Sadio ne répond plus de la totalité du maquis casamançais ; désormais, il n’en représenterait plus que quelque 20%, c’est-à-dire, finalement, pas grand-chose.

De qui se moque le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ ?

Tenez, ce groupe prétend « contrôler » ou travailler, aujourd’hui, et sans doute en désespoir de cause, avec  les 80% du maquis qui sont supposés être incarnés par ceux-là mêmes qui ont toujours affirmé appartenir à la « mouvance de la paix ». C'est-à-dire à cette mouvance de la paix dont Salif Sadio ne voulait guère entendre parler et qui lui avait alors valu une expédition punitive, en 2006, de la part de ses frères ennemis. Si donc cette assertion est avérée, pourquoi diable ! le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ se refuse-t-il obstinément à agir à l’endroit de ces 80% du maquis casamançais, au bénéfice de Sant’Egidio, exactement comme il l’a fait jadis auprès des supposés 20% de Salif Sadio ? En d’autres termes, pourquoi le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ ne veut-il pas « offrir », à Sant’Egidio, César Atoute Badiate, Ibrahima Compasse Diatta et Lamarana, aux fins précisément de négociations de paix, et aux côtés d’un Salif Sadio désormais « conquis » ?

Plus curieux encore est ce que d’aucuns considèrent comme des révélations, servies récemment, et à dessein, par le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’. En effet, selon ce dernier, l’apparent dépôt des armes ne serait que trompeur, d’autant que le maquis recruterait encore des jeunes, qui seraient aujourd’hui prêts à mourir pour la cause de leur chef de guerre. Ainsi, donc, y aurait-il une nouvelle vague de recrues dans le maquis casamançais. Mais quid des départs  du maquis ? Motus et bouche cousue ! Car l’objectif, ici, est, entre autres objectifs inavoués, de jouer à se faire peur et à faire peur aux autres, pour être probablement aux abois.

Mais enfin ! Chers Messieurs, vous vous targuez de « contrôler » ou de travailler avec 80% du maquis casamançais, pour être en intelligence avec eux. Par ce fait même, vous êtes censés pouvoir parler de ce que vous croyez savoir au sujet de ces 80% du maquis casamançais, y compris au nom de ces derniers. Autrement dit, la prétendue nouvelle vague de recrues, que vous feignez par ailleurs de déplorer, ne concernerait que les fameux 80% du maquis que vous « contrôlez » ou avec lesquels vous dites travailler. Si tel est le cas, où situez-vous, en l’occurrence, votre propre responsabilité ? Où commence-t-elle ? Et où s’arrête-t-elle ?

L’accalmie notée ces dernières années en Casamance n’est en aucun cas le fait du ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’

En effet, l’heureuse accalmie notée ces dernières années en Casamance est un effet conjugué de deux volontés politiques, celles de l’Etat et du MFDC, et à la base desquelles il y a un acte politique et historique, en l’occurrence l’appel du 28 janvier 2002 du secrétaire général du MFDC à l’intention des populations casamançaises. Pour l’essentiel, au travers de cet acte politique et historique, le secrétaire général du MFDC appelait à la tenue d’assises casamanço-casamançaises pour la paix définitive en Casamance. Par la grâce de Dieu, et avec la volonté de toutes les Socio-cultures de la Casamance et la détermination du MFDC, ces assises ont pu se tenir du 1er septembre au 6 octobre 2002 à Ziguinchor pour être couronnées d’un succès inespéré. Aussi, le président du MFDC, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, et moi-même, alors secrétaire général du MFDC, avons-nous entrepris de transformer cet essai politique lors des assises du MFDC du 6 au 8 octobre 2003 à Ziguinchor. Ce fut un succès tout aussi retentissant, d’autant que les services compétents du ministère de l’Intérieur avaient enregistré à cette occasion-là la présence d’au moins quatre mille délégués, alors que nos propres services doublaient, bien volontiers, ce chiffre.

Voilà donc un acte politique et historique, pour un double effet tout aussi politique et historique, qui va ainsi consacrer le rapatriement, au pays, de toutes les activités du MFDC, à la faveur notamment de notre volonté de rompre à tout jamais avec la logique de guerre. En lieu et place, nous options alors pour le combat politique, exclusif de toutes velléités guerrières. Le Mouvement pour le Fédéralisme et la Démocratie Constitutionnels, aux destinées duquel j’ai l’honneur et le privilège de présider, participe de cette volonté politique.

Pour cela, depuis cet acte politique et historique du 28 janvier 2002, et à l’exception de quelques soubresauts sporadiques ponctués par des prises d’otages en novembre 2011 et en mai 2012, savamment orchestrées par la main mafieuse qui fait la pluie et le beau temps en Casamance, une véritable accalmie, synonyme de silence des armes, prévaut en Casamance, au grand dam des fossoyeurs du processus de paix et autres indépendantistes-cagoulards. Toutefois, ces derniers ne s’avoueront guère vaincus, qui vont ainsi se recycler et se fondre littéralement au sein d’ONG ou associations dites de réflexion et de recherche de la paix en Casamance. Le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ est-il de celles-là ? Allez donc savoir ! Quoi qu’il en soit, son objectif rejoint celui de ces ONG ou associations, à savoir : disqualifier, en tant que telle, l’aile politique du MFDC pour, au mieux, s’asseoir à ses côtés lors d’éventuelles négociations de paix, ou, au pire, se substituer carrément à elle. Au bout de leurs trompettes, et à cette même fin, un slogan est alors on ne peut plus bruyant et plus tendancieux sinon manipulateur : « Nous réclamons des négociations de paix transparentes et inclusives… »

Et pourtant, le conflit en Casamance oppose l’Etat avec l’armée nationale et le MFDC avec ATIKA dans le maquis casamançais. Ce qui implique, donc, pour la résolution du conflit, des négociations de paix entre l’Etat et le MFDC. C'est-à-dire, à l’exclusive de toute espèce de contingences.

Mais c’est sans compter avec le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ et ses relais, qui vont entreprendre de gâcher tous ces acquis, acquis pour ainsi dire de haute lutte, usant en cela de leurs capacités incommensurables de nuisance. Et de quelle belle et triste manière !

En effet, comme nous le rappelions précédemment, Sant’Egidio est une ONG d’obédience catholique. Or, dans l’imaginaire populaire, Sant’Egidio, c’est l’Eglise catholique, ou le Vatican, ni plus ni moins. Aussi, faire appel à l’expertise présumée de cette ONG « catholique » – notamment après que nombre d’associations ou de personnes ressources ou prétendument telles, connues plutôt pour leur appartenance (à) ou leur proximité idéologique/philosophique d’avec l’Islam, ont fini de se disqualifier elles-mêmes dans la gestion du « dossier casamançais » – eût été une aubaine pour des individus ou des associations aussi véreux que les fossoyeurs du processus de paix et autres indépendantistes-cagoulards sus mentionnés. Et, le contexte étant favorable pour une telle sale besogne, ils vont l’investir, de manière extraordinairement subtile, notamment en posant ce formidable piège à la merci de tous. Car, même le chef de l’Etat s’y est fait prendre. Oui, le président Macky Sall eût-il seulement été tenté de rejeter l’offre ‘‘Sant’Egidio’’, qu’il aurait été immédiatement, et sans aucune autre forme de procès, accusé d’être un chef d’Etat sectaire, du fait notamment de son appartenance à la communauté musulmane. De même, nous autres, qui prétendons être des Catholiques, étions troublés à la seule idée de conjurer ce qui nous tombait instamment dessus, simplement parce que tout cela participerait de je ne sais quelle forme de générosité catholique.

Moralité, si tant est que nous puissions jamais en tirer une ici, nous sommes pratiquement tous tombés dans le piège de celles et ceux qui ne tarderont pas à se fondre littéralement dans le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’. Mais à quel prix ? Au prix, peut-être, de la découverte, de la part de tous, du caractère minusculissime de l’esprit des membres de ce groupe, fussent-ils d’éminentes personnalités.

Il n’empêche que le ‘‘groupe de je ne sais quoi composé de je ne sais qui’’ n’en a cure. Et, dans la même veine, et sans aucunement sourciller, il va revendiquer, pour sa mission, recevoir, ou avoir reçu, une dotation de sept millions de francs (mensuelle pour les uns, forfaitaire pour les autres) de la part du chef de l’Etat, soit l’équivalent de deux cent quatre vingt (280) inscriptions en première année à l’université depuis la dernière réforme en date y relative, du moins pour la partie de la présumée dotation qui serait justifiable sur le plan comptable.

Ainsi, donc, les autorités, tout en sachant ce qu’elles savent en l’occurrence, se seraient-elles livrées à un tel marché. Mais un marché qui s’apparente plutôt à une insulte contre l’intelligence, ce qui n’honore guère la République.

Dakar, le 5 février 2014.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Mouvement pour le Fédéralisme

et la Démocratie Constitutionnels

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