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Nous n’avons qu’une Casamance, un pays et un « problème casamançais »

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Dimanche 23 octobre, 2016 07:10  | Consulté 263 fois  |  0 Réactions  |   

Cérémonie de dédicace de : ‘‘Avis de décès : Le mensonge est mort en Casamance’’ et de ‘‘Mademba n’est pas un natif du terroir. Et alors ? Un plaidoyer contre l’autochtonie’’(1)

Discours introductif

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais, tout d’abord, dire merci à l’équipe de la Maison d’Edition Diasporas Noires (*), particulièrement à Madame la Directrice Générale, Hulo GUILLABERT, qui a pris la lourde responsabilité de se lancer dans cette aventure commune.

Merci aussi à vous toutes et à vous tous. Soyez les bienvenus.

Si je m’étais écouté, Mesdames, Messieurs, je n’aurais pas écrit ce livre ‘‘Avis de décès : Le mensonge est mort en Casamance’’. C’est si vrai que le manuscrit originel faisait le double de celui que j’ai présenté à l’éditeur.

J’ai voulu parler, alors que je devais me taire. C’est qu’on ne peut pas tout dire, même quand on sait tout.

Aussi, de jour en jour, autocensure après autocensure, je destinais ledit manuscrit à finir tout bonnement à la poubelle, tant il s’avérait qu’un peu ou beaucoup de moi-même s’y trouvait abhorré, ne fût-ce qu’à travers certaines figures emblématiques.

La fatalité de quelque lien de sang était forcément passée par là. Tout comme le décès de certains des mis en cause, survenu entre-temps. En effet, il eût été lâche de ma part d’évoquer certains aspects concernant les disparus, si l’on sait qu’ils ne peuvent plus donner leur propre version des faits, ni éventuellement se défendre.

Mais il s’agit ici de la Casamance et, avec elle, du Sénégal. Or nous n’avons qu’une Casamance, un pays et…un « problème casamançais ».

Que la Casamance (se) fût donc littéralement fondue dans le Sénégal, et nous voilà déjà promis à n’avoir de toute façon qu’une Casamance et un pays avec des frontières flasques.

Pourtant, Schopenhauer nous apprend que « plus on rétrécit les frontières, plus on est vrai et libre ». Le réveil douloureux du MFDC, s’il en est besoin, l’illustre fort bien. De même, l’ouverture sans limite ni aucune maîtrise au monde, avec notamment la « globalisation » et l’Internet, en administre tout l’effet contraire.

En fait, l’enjeu pour chaque humain est et demeure d’être « vrai et libre », en tous lieux et en toutes circonstances, et, ultimement, d’être « heureux ».

Mesdames, Messieurs,

Selon certaine maxime, l’oreille est la première porte du mensonge et la seconde de la vérité. D’où l’enjeu d’informer juste et vrai.

En fait, rendre publique la vérité ignorée ou cachée est, tout à la fois, un devoir et une obligation, pour moi en tous les cas ; un devoir et une obligation qui l’emportent en l’occurrence, et de loin, sur l’envie toujours coupable sinon convenue de courtoisie, d’avenance ou de retenue.

Le devoir et l’obligation réunis de dire la vérité, c’est-à-dire d’informer juste et vrai, l’emportent donc, ici, sur la considération de tact, et même de parenté. Qui plus est, une Casamance promise à la paix durable en vaut amplement la chandelle.

Or qu’est-ce que c’est que dire la vérité sinon tuer le mensonge ou, à tout le moins, anticiper ou encore prévenir voire se prémunir contre le mensonge ?

C’est à cela, en tout cas, que mes ami(e)s et moi nous attelons depuis deux décennies, notamment dans la recherche de la paix durable en Casamance.

En réalité, mes ami(e)s et moi avons d’ores-et-déjà tué le mensonge qui est à la base du conflit tri-décennal en Casamance, ce qui m’autorise à en établir un « Avis de décès ».

C’est que nous sommes persuadés – Je suis persuadé ! – que les germes fécondants de la paix durable en Casamance participent, fondamentalement, de la réalité avérée, que dis-je, de la vérité selon laquelle le mensonge-objet de la crise en Casamance est mort, définitivement mort. Or, c’est une gageure que de construire la paix.

Cela est d’autant plus vrai que faire la paix ne veut aucunement dire renvoyer dos à dos les protagonistes concernés, en l’occurrence l’Etat et le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC).

Vouloir la paix n’est guère revendiquer quelque sentiment d’impunité que ce soit.

Faire la paix ne saurait être, sous aucun prétexte, nier la vérité, y compris à plus forte raison la vérité de fait, c’est-à-dire la vérité incontestable.

Ici, la vérité de fait, c’est que le conflit en Casamance oppose deux belligérants : d’une part l’Etat avec l’armée nationale (sous la bénédiction d’une opinion publique totalement réfractaire à l’idée d’une Casamance indépendante), et de l’autre le MFDC avec Atika (encouragés en cela par une opinion tout acquise à leur cause).

En l’occurrence, tous les autres acteurs sont, soit favorables à l’Etat, soit partisans du MFDC. En tout cas, très rares sont ceux qui posent des actes qui fassent d’eux des individus réputés sincèrement neutres dans leur approche du « problème casamançais ».

Est-il d’ailleurs jamais possible d’être objectivement neutre face à ce problème ? J’en doute. Je suis même persuadé qu’il suffit de vous impliquer dans le « dossier casamançais » pour vous révéler vous-même, tel que vous êtes ; c’est-à-dire pour vous trahir vous-même.

Tenez, en septembre et octobre 2002, à l’initiative de Biagui, alors secrétaire général du MFDC, des Assises Casamanço-Casamançaises pour la Paix Définitive en Casamance sont organisées, avec succès, à Ziguinchor. Toutes les Socio-Cultures de la Casamance avaient alors pris part à cette Tribune historique autour du thème : « Que voulez-vous ? Etes-vous pour ou contre l’indépendance de la Casamance ? »

Sans hésiter, les Socio-cultures présentes, c’est-à-dire toutes les Socio-Cultures de la Casamance, nous ont dit : « Non à l’indépendance, non au statu quo ». Ce dont j’ai pris acte, immédiatement, ès-qualité.

C’est alors que des voix on ne peut plus autorisées parmi les Casamançais réputés viscéralement anti-indépendantistes surgirent, qui pour nous exhorter à rester résolument indépendantistes et à continuer à agir en conséquence, qui pour nous suggérer voire nous intimer l’ordre de leur laisser, à eux seuls, le terrain jusqu’alors non-exploré, celui qui consiste précisément à revendiquer une Casamance autonome dans le cadre d’un Sénégal fédéral ou autrement plus décentralisé.

En fait, aux premiers et aux seconds le « bon rôle », et à nous autres le « sale boulot ». Et ce, au nom d’une prétendue solidarité casamançaise.

Hélas ! Ce funeste dessein semble avoir encore de beaux jours en Casamance, au vu et au su de tous, dans l’indifférence quasi générale.

En tous les cas, ‘‘Avis de décès : Le mensonge est mort en Casamance’’ se veut un antidote de ce funeste dessein. A ce titre, il est une invite à se libérer et en même temps à libérer – dans la vérité et la sincérité, et seulement dans la vérité et la sincérité – l’énergie créatrice de paix qui se trouve en chaque individu.

Alors, et seulement alors, Mademba, en tant que Casamançais jusque dans l’âme, quoique non natif du terroir, trouvera son compte en Casamance, à l’égal des autres Casamançais.

C’est en tout cas tout l’enjeu de ‘‘Mademba n’est pas un natif du terroir. Et alors ? Un plaidoyer contre l’autochtonie’’.

En effet, ‘‘Mademba n’est pas un natif du terroir. Et alors ? Un plaidoyer contre l’autochtonie’’ se veut, pour ainsi dire, un plaidoyer contre l’autochtonie. C’est-à-dire un formidable prétexte pour témoigner que si, hier, nous nous sommes battus pour l’indépendance et, aujourd’hui, pour l’autonomie de la Casamance, qui plus est au même titre que les autres Régions consubstantielles au pays, cela ne saurait faire de nous, ni des gens racistes, ni des xénophobes, ni des sauvages.

Bien au contraire, nous ne revendiquons rien moins que ce que tout Citoyen ressortissant de toute autre Région du pays réclamerait pour son terroir et pour tous ceux qui y vivent, fussent-ils des « étrangers ». Soit, tout simplement, l’opportunité pour chaque Région naturelle du Sénégal de s’accomplir par elle-même et de se développer selon sa propre vision et son propre projet de développement socioéconomique et culturel, voire politique, tout en restant, cependant, bien arrimée aux valeurs de la République d’une part, et, de l’autre, au contexte constitutionnel d’un Etat qui soit à la fois un, pluriel et fédératif des réalités territoriales, culturelles, sociales et économiques de ses différentes Régions naturelles.

Entendu que son caractère d’Etat à la fois un, pluriel et fédéral en ferait nécessairement, non seulement une République, mais une République une et indivisible.

Voici et voilà, donc, le sens de notre combat politique, dont nous avons fait l’économie dans ‘‘Mademba n’est pas un natif du terroir. Et alors ? Un plaidoyer contre l’autochtonie’’.

Alors, Cher(e)s Ami(e)s Lectrices et Lecteurs, à vos marques, et si vous êtes prêts, parce ce que vous le voulez bien, lisez ‘‘Avis de décès : Le mensonge est mort en Casamance’’ puis ‘‘Mademba n’est pas un natif du terroir. Et alors ? Un plaidoyer contre l’autochtonie’’.

Merci pour votre aimable attention.

Dakar, le 20 octobre 2016.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

(*) Editions Diasporas Noires : E-mail : info@diasporas-noires.com ; //diasporas-noires.com

(1) Les deux livres sont disponibles à Dakar chez Athéna et Les 4 Vents et prochainement à Ziguinchor chez Djibékel.

 L'auteur  Jean-Marie François Biagui
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