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Lecture selon Biagui de la "sortie" de Salif Sadio à l'émission "Carrefour de la Paix" de Zig FM, le 27 avril 2014

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Samedi 03 mai, 2014 20:12  | Consulté 1789 fois  |  0 Réactions  |   

Lecture selon Biagui de la « sortie » de Salif Sadio

à l’émission « Carrefour de la paix » de Zig FM, le 27 avril 2014

Une fois encore Salif Sadio a parlé. Et c’est pour confesser son engagement et sa détermination à œuvrer pour le retour de la paix en Casamance. C’était le dimanche 27 avril 2014, depuis Ziguinchor, sur les ondes de la radio Zig FM, et sous le micro de Ibrahima Gassama. Une fois encore, donc, Salif Sadio a fait événement. Sauf que, cette fois-ci, du moins pour certains observateurs et autres journalistes, ce qui faisait événement fut moins la personne même de Salif Sadio que son appel unilatéral au cessez-le-feu.

Et pourtant, une autre lecture de la « sortie » de Salif Sadio à l’émission « Carrefour de la paix » nous apprendrait certainement que ce qui faisait vraiment événement, pour en être fondamentalement un, consistait plutôt dans les estocades portées à ses ex-mentors (ou supposés tels) par le chef de l’une des factions de ATIKA, la branche armée du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC).

Celles et ceux, qui sont intéressés par le sujet, peuvent se référer à notre Blog://jmfbiagui.seneweb.com pour y écouter un large extrait de la version MP3 (en Français et en Ouolof) de la « sortie » de Salif Sadio. Ils découvriront alors un Salif Sadio plus que jamais inscrit dans le processus de paix en cours, ce dont nous nous félicitons, cependant qu’il resterait attaché à l’idéal de l’indépendance pure et simple de la Casamance. De sorte que peu lui importerait que la volonté souveraine du Peuple casamançais, dont il dit défendre les intérêts, fût d’un tout autre ordre.

Or, dans un de nos pamphlets, intitulé ‘‘Pourquoi la Casamance n’est pas indépendante. Une introspection prospective’’ (Ed. Clairafrique, Dakar, déc.2008), nous affirmions ce qui suit.

« L’indépendance est un droit à conquérir ou à arracher ... Et c’est précisément parce que c’est un droit que le Peuple casamançais peut y renoncer, impunément, souverainement. Et … il y a renoncé aussi bien avec le sabordage en 1954 du MFDC au sein du BDS (Bloc Démocratique Sénégalais) que lors de l’indépendance du Sénégal tel que nous l’avons hérité de la colonisation en 1960 et à l’occasion des Assises Casamanço-Casamançaises pour la Paix Définitive en Casamance en 2002. Le Peuple casamançais a donc renoncé à son indépendance nationale, ce qui est fondamentalement son droit, comme y ont également renoncé, souverainement, le Peuple du Fleuve, le Peuple des Niayes, le Peuple du Ferlo, le Peuple du Sine-Saloum et le Peuple du Sénégal Oriental, cependant que tous ces Peuples du Sénégal, sans exception, s’adjurèrent dès 1960 à s’intégrer dans un seul et même Peuple sénégalais, mobilisé vers un seul et même But sénégalais, à la faveur d’une seule et même Foi sénégalaise. Il s’agit, en réalité, du Sénégal tel que nous l’avons hérité de la colonisation. Mais un Sénégal qui n’appartient pas plus au Fleuve qu’aux Niayes, ni davantage au Ferlo qu’au Sine-Saloum, au Sénégal Orientale qu’à la Casamance …. Le Peuple casamançais, à l’instar de tous les autres Peuples du Sénégal, dispose d’une histoire, d’une culture et d’un territoire. Tous sont, en effet, territorialement groupés, ce qui est en principe propice à la sauvegarde de leur intégrité et, par conséquent, de leur pérennité … Par conséquent, il est un devoir impérieux pour chacun des Peuples du Sénégal, comme du reste pour tout Peuple existant, d’assurer son intégrité et sa pérennité propres qui, en l’occurrence, ne sont autres que l’intégrité et la pérennité du Fleuve, des Niayes, du Ferlo, du Sine-Saloum, du Sénégal Oriental et de la Casamance. Et parce qu’il s’agit, ici, d’un devoir impérieux, fatalement inhérent à tout Peuple ; parce qu’il s’agit justement de LEUR DEVOIR, les Peuples du Sénégal ne peuvent alors y déroger impunément, sous aucun prétexte. Pour ma part, ayant pris acte de la volonté souveraine du Peuple casamançais de s’auto-accomplir socio-économiquement, politiquement et culturellement dans le contexte sénégalais ; conscient de surcroît que ce qui est valable pour la Casamance l’est tout autant pour les autres Régions naturelles du Sénégal, j’ai décidé d’œuvrer à la réhabilitation des Provinces Historiques du Sénégal et à leur érection en tant que pôles de développement autour de vraies capitales économiques provinciales. Le lecteur qui s’intéresse à cette vision, quelle que soit sa motivation, voudra bien se référer à mon manifeste politique intitulé « Mouvement pour le Fédéralisme et la Démocratie Constitutionnels : un pari politique pour la paix définitive en Casamance, au Sénégal, et dans la Sous-région », Editions Clairafrique, Dakar, décembre 2008. » (Fin de citation)

A cela, peut-être faudrait-il ajouter le vote phénoménal et exceptionnellement massif des Casamançais en faveur du ‘‘oui’’ au projet de réforme de la Constitution du Sénégal, lors du référendum qui avait alors consacré comme telle la réforme constitutionnelle du 22 janvier 2001. Les Casamançais marquaient ainsi la volonté d’ancrage de la Casamance dans le Sénégal et d’intégration du Peuple casamançais dans le Peuple sénégalais, aux dépens de l’idéal prôné par le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), ce dont nous avons cru devoir prendre acte, en ce qui nous concerne, notamment en lançant le Mouvement pour le Fédéralisme et la Démocratie Constitutionnels (MFDC-fédéraliste) en tant qu’heureux alternative au MFDC-originel.

Sous ce rapport, et en toute fraternité, nous exhortons notre frère Salif Sadio à entendre, et à comprendre, que la paix, qu’il appelle de ses vœux, ne saurait être bâtie, ni contre son peuple, ni contre ses « frères-ennemis ». Elle ne peut consister, à plus forte raison, dans quelque entente ou « paix des braves, sans vainqueurs ni vaincus » d’avec l’Etat et contre son peuple et ses « frères-ennemis », fût-ce avec la médiation, exaltée par les uns et décriée par les autres, de la Communauté Sant’Egidio, basée à Rome, en Italie.

Qui plus est, quand en toute sincérité l’on œuvre pour la paix, c’est qu’on l’a déjà découverte, et qu’on la vit en soi-même, avant de la vouloir s’embraser et en même temps embraser tout alentour, notamment en en construisant autant de cercles concentriques que d’opportunités offertes à cet effet par le milieu, les circonstances ou le temps. Autrement dit, nous aurions été des plus heureux si ce qui faisait événement (extérieur par nature) avec la « sortie » de Salif Sadio avait réellement coïncidé avec son expérience de la paix, d’abord intérieure puis extérieure. Ce qui, naturellement, aurait plutôt incliné notre frère à évoquer dans son discours un César Atoute Badiate ou un Ibrahima Compasse Diatta, entre autres frères de lutte, comme ses compagnons prochains – quoique possiblement lointains ! – dans leur quête commune de la paix durable en Casamance.

Au demeurant, comment est-ce possible de parvenir à la paix avec l’Etat, sous l’égide de Sant’Egidio, en faisant l’économie de la nécessaire paix fraternelle d’avec son peuple et ses « frères-ennemis » ?

Assurément, une telle paix – à supposer même qu’elle soit jamais possible –  ne peut être ni productive ni durable.

Quoi qu’il en soit, à écouter notre frère Salif Sadio, nous avons comme le sentiment qu’il est sincèrement convaincu qu’il est saisi, avant tous les autres, par la volonté ou la nécessité d’aller vers la paix en Casamance et d’agir en conséquence. Soit ! Qu’il veuille bien alors, nous lui en conjurons, avoir toujours à l’esprit l’assertion selon laquelle : S’il vous était donné de prendre le chemin de la paix avant les autres, fussent-ils vos « frères-ennemis », puis d’avoir droit au Chapitre avant eux, alors considérez cela comme un privilège. Mais un privilège redoutablement exigeant en ce que, précisément, il vous ordonnerait de le partager, sans la moindre retenue, avec toutes et tous, y compris surtout avec vos « frères-ennemis ». La paix durable en Casamance est aussi à ce prix.

Par ailleurs, il conviendrait que toutes et tous, Salif Sadio et ses hommes y compris, nous admettions une fois pour toutes, la mort dans l’âme si besoin en était, (i) que l’indépendance nationale ne se négocie pas ; (ii) que les négociations de paix que nous appelons tous de nos vœux s’avèrent dorénavant une nécessité ou un impératif ; (iii) et qu’ainsi, elles doivent nécessairement ou impérativement avoir lieu, chez nous ou bien à l’étranger, sous l’égide de Sant’Egidio ou de tout autre médiateur, mais selon un ordre du jour exclusif de la question de l’indépendance pure et simple de la Casamance. Car, disions-nous, l’indépendance nationale ne se négocie pas, elle ne se négocie jamais.

Pour cela, nous ne saurions accepter, et l’ensemble des Casamançais avec nous, qu’une revendication de négociations sur la question de l’indépendance pure et simple de la Casamance, dont la seule issue consisterait, de toute façon et de toute évidence, en une fin de non-recevoir de la part de l’Etat, en vienne à être érigée comme le prétexte par excellence pour la reprise des hostilités en Casamance. Non ! de grâce, plus jamais ça !

Alors des négociations de paix ? Oui ! Mais des négociations sincères, mues et justifiées par un allant tout aussi sincère, en ce qu’elles ne peuvent avoir pour objet que ce qui a vocation à être négocié pour être négociable. Toutefois, les deux parties, l’Etat et le MFDC, ont, en l’occurrence, le devoir ou l’obligation de n’avoir le regard que braqué sur un postulat, et seulement sur un postulat, en vertu duquel, une autre Casamance est possible dans un autre possible Sénégal, selon le vœu même du Peuple casamançais.

Dakar, le 3 mai 2014.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Mouvement pour le Fédéralisme

et la Démocratie Constitutionnels (MFDC-fédéraliste)

http://www.4shared.com/mp3/SQFI3Zs2ce/SALIF_SADIO_Carfour_de_la_PAIX.html 

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