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Le spectre du « coup ko »* et du « 3ème mandat » hante le Sénégal

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Dimanche 09 septembre, 2018 11:09  | Consulté 54 fois  |  0 Réactions  |   

L’affaire est dans le sac : dans l’entendement des tenants du pouvoir, un 2nd mandat pour le président Macky Sall est d’ores-et-déjà acquis. Pour eux, en effet, le seul enjeu en perspective qui reste, quoiqu’inavoué publiquement, n’est rien moins qu’un 3ème mandat pour le commandant en chef de l’APR (Alliance pour la République) et de BBY (Benno Bokk Yakaar).

En face, nous avons une opposition, avec une intrigue : comment faire pour être insensible, et le demeurer, et à la menace constante du bâton et à l’appel réitératif de la carotte ?

Entre les deux, il y a nous autres, qui passons pour des hopnis, c'est-à-dire des hommes (hommes et femmes) politiquement non-identifiés, ou non-inscrits. C’est que nous sommes sans identité politique au Sénégal, par la seule volonté du président Macky Sall et de son gouvernement.

Or, nous sommes porteurs d’une vision politique, mieux, d’une vision éthico-politique, et d’un projet de société pour notre pays, qu’aucun pouvoir ne peut tuer, pas même le pouvoir du président Macky Sall et de ses souteneurs.

Forts de cela, nous voulons être présents et entendons exercer, plus que jamais, notre « droit au chapitre ».

Peu nous importe, donc, que nous soyons nous-mêmes, ou non, candidats lors des prochaines échéances électorales.

C’est tout le sens et, en même temps, toute la portée de l’Offre Politique Publique ci-après, que nous lançons à l’intention de tous et de chacun, particulièrement des candidats déclarés ou potentiels, dans la perspective de la prochaine Présidentielle prévue le 24 février 2019.

Ainsi, donc, avons-nous à cœur de placer, au cœur de la prochaine campagne présidentielle, tout au moins pour une fois, dans l’histoire politique du Sénégal, la Question nationale telle qu’elle se pose en termes de conflit armé et meurtrier en Casamance.

Si injustement absente de toutes les campagnes électorales depuis 1982 ;

Si lâchement occultée dans tous les travaux et autres débats à l’Assemblée Nationale ;

Si refoulée, et de la manière la plus mesquine, par tous les acteurs, politiques et de la société civile, dans leurs traditionnels corps-à-corps épiques ;

La Question nationale telle qu’elle se pose en termes de conflit armé et meurtrier en Casamance n’en reste pas moins une interpellation hautement et cruellement politique, quant à la souveraineté (nationale), à l’identité (nationale), au destin (national), à la vision éthico-politique (nationale)… du Sénégal.

Mais plus que cela, la Question nationale telle qu’elle se pose en termes de conflit armé et meurtrier en Casamance est la négation même de l’Etat (ultra)centralisateur qui prévaut au Sénégal, et par conséquent l’affirmation de l’idée/option de l’Etat (ultra)décentralisateur, ou (ultra)fédérateur, que nous estimons autrement plus appropriée pour notre pays.

Dakar, le 9 septembre 2018.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

 

L’Offre Politique Publique

du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

Cher(e)s Compatriotes,

Cher(e)s Ami(e)s,

Mesdames, Messieurs,

Arrêtons-nous un peu, nous vous en conjurons.

Faisons le pied de grue devant notre mur-des-lamentations.

Ou bien, si l’on préfère, rasons-le, tout en nous méfiant assez de nous-mêmes, et seulement de nous-mêmes.

Soit ! Mais celui-ci est-il jamais le mur-des-lamentations de tous les Sénégalais ?

Qu’importe ! En serait-il un pour les seuls Casamançais, que, déjà, il porterait bien son nom. Donc, rasons-le. Ou arrêtons-nous un peu et tenons-le, de manière soutenue.

Or, s’arrêter un peu, c’est (entre)voir, c’est penser, c’est méditer. S’arrêter un peu, c’est s’introspecter, c’est réfléchir.

Prêtons-nous, donc, bien volontiers, ou par dépit, à cet exercice ; appréhendons en même temps le « Problème sénégalais en Casamance » sous le seul angle qui sied, soit 360° ; et nous constaterons un fait : le conflit en Casamance est non seulement de basse intensité de nos jours, mais il est inactif à 99%.

Persévérons dans cet exercice, et nous découvrirons, aussi, que ce chiffre de 99% en cache un autre, qui lui est bien équivalent, celui précisément du déficit politique au sein du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) d’une part et, de l’autre, dans l’ensemble du pays par rapport à la « Question nationale » telle qu’elle se pose en termes de conflit armé en Casamance.

Soit -99% d’intensité du conflit en Casamance pour -99% de production politique en relation avec ledit conflit.

Si, pour le MFDC, cela peut être assimilé à un processus tragiquement suicidaire, ayant pour finalité ultime la mort politique, pour l’Etat, cela s’apparente à une incubation de problèmes de tous ordres, qui viendront à terme s’ajouter au problème éminemment politique et institutionnel déjà existant et qui participe justement du « Problème sénégalais en Casamance », dégénéré en un conflit armé, aujourd’hui vieux de plus de 35 ans.

C’est que, dans le contexte sénégalais, au regard notamment de la Constitution, la revendication de l’indépendance de la Casamance est un acte de guerre. Or, la guerre en Casamance dure depuis 1982, tandis qu’une Casamance souveraine ne saurait s’obtenir au bout du canon.

Alors, quelle alternative à l’indépendance de la Casamance, ici et maintenant, ou, à tout le moins, en attendant l’indépendance, fût-elle hypothétique ? Quelle offre politique (alternative), immédiatement applicable en Casamance ?

Hormis la vision éthico-politique que nous incarnons, il est à regretter que le MFDC ne dispose d’aucune offre politique en tant qu’une alternative à l’indépendance de la Casamance.

Prompts à désigner, c’est-à-dire de manière épidermique, les indépendantistes et autres nationalistes ou autonomistes de Catalogne, de Corse ou de Nouvelle-Calédonie, comme des exemples à suivre, les leaders du MFDC en oublient en même temps que, là-bas, ceux-là ne se dérobent aucunement face à leur devoir d’investir le terrain politique, ici et maintenant, en vue de contribuer réellement, ici et maintenant, au développement socio-économique et culturel de leurs terroirs respectifs.

Aussi, est-ce certainement le lieu d’exhorter, encore et toujours, nos frères et sœurs du MFDC à nous écouter, à nous entendre et à nous rejoindre, au plus tôt, dans la vision éthico-politique et le projet de société dont nous sommes porteurs. A moins qu’ils ne décident plutôt de saborder leur mouvement et, ainsi, de le condamner au suicide politique.

C’est également le lieu, assurément, de rappeler que la paix avérée et sincère n’est jamais qu’un moyen de continuer la guerre autrement, c'est-à-dire sans les armes ni la violence.

Ainsi, donc, le déficit politique est-il une réalité chronique, presque consubstantielle au MFDC. Mais il l’est aussi pour l’Etat, toutes choses égales par ailleurs.

Qui plus est, une ode à la paix, fût-elle entonnée par le président de la République, puis reprise en chœur par tous les Sénégalais, ne saurait être la paix ; pas même une déclinaison d’une « politique casamançaise du Sénégal », qui de toute façon n’existe point.

Or, c’est bien là le problème majeur du Gouvernement en Casamance. Et la nature ayant horreur du vide, il faut compter avec la mafia, qui va suppléer avec une efficacité redoutablement dangereuse à l’Etat défaillant en Casamance.

D’ores-et-déjà, l’immobilier et la forêt sont sous le contrôle de la mafia en Casamance. Les activités sociales et culturelles, et bientôt politiques, le sont aussi. Seule exception, du moins jusqu’à nouvel ordre : le MFDC en tant qu’entité y échappe, probablement, et paradoxalement, du fait de son organisation parcellaire, en fait de sa désorganisation.

Comment, d’ailleurs, la mafia peut-elle ne pas prospérer en Casamance, si l’on sait que les mesures urgentes et exceptionnelles prises par le président Macky Sall, pour y relancer les activités socioéconomiques, sont pour l’essentiel non-appliquées ou inopérantes à ce jour ? Pis, des entreprises du secteur touristique ont été tout bonnement contraintes de mettre la clé sous le paillasson, précisément parce que le Fisc leur réclame indûment des taxes ; des taxes indues, exactement depuis la Loi N° 2015-13 du 03 juillet 2015 portant statut fiscal spécial des entreprises touristiques installées dans le pôle touristique de la Casamance.

Il faut donc une sacrée dose, d’abord de volonté politique, et ensuite de courage politique, pour venir à bout des activités mafieuses en Casamance et, plus globalement, pour régler définitivement le « Problème sénégalais en Casamance ».

Dans cette perspective – et notamment dans la perspective de la prochaine Présidentielle prévue le 24 février 2019 – nous nous proposons de lancer l’Offre Politique Publique ci-après, intitulée :

‘‘La Commune et bientôt la Région sont gouvernables…Pas la Nation

Notre vision d’une République des hommes (hommes et femmes) accomplis’’

Prémices

L’actualité récente et actuelle nous renseigne et en même temps nous renvoie, sans ménagement aucun, à l’idée ci-après datant de 1851(1). Une idée cruellement vraie et juste, certes. Mais une idée éminemment et terriblement actuelle.

« Être GOUVERNÉ, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu... Être GOUVERNÉ, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! Et dire qu'il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, cette ignominie ; des prolétaires, qui posent leur candidature à la présidence de la république ! Hypocrisie !... »

Or, nous ne pouvons pas ne pas être gouvernés.

Or, il est possible de gouverner autrement, en vue du plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de citoyens.

Introduction

Une République démocratique, ou une Démocratie républicaine, appelle une démocratie existentielle et institutionnelle, tout à la fois. Et par là même, elle convoque « simultanément le souci de la justice par le droit, et le souci du bonheur par la culture » (2). Tout cela devant participer bien évidemment d’une philosophie éthico-politique visant « le plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de citoyens-sujets » (2).

Chez nous, au Sénégal, la démocratie versus institutionnelle apparaît comme une réalité, quoiqu’il faille certainement l’approfondir et l’améliorer. Tandis que sa consœur, la démocratie existentielle, reste à conquérir.

Autrement dit, si nous savons faire la démocratie, nous ne savons pas être démocrates, en tout cas pas encore.

En fait, l’une et l’autre, la démocratie existentielle et la démocratie institutionnelle, quand elles existent et font corps en République, autorisent à parler de « République démocratique » ou de « Démocratie républicaine ». Et c’est tout conscients de cela, et notamment de ce que la démocratie existentielle fait défaut au Sénégal, que nous nous proposons d’offrir à notre pays le présent projet de société.

Mais qui sont donc, au Sénégal, ces citoyens-sujets, dont nous recherchons pour le plus grand nombre possible d’entre eux, le plus grand bonheur matériel et existentiel possible ?

Disons-le d’emblée : ce sont les « ressortissants » respectifs des Régions naturelles qui forment naturellement le Sénégal, et qui sont à ce titre, et avant tout, des ressortissants des territoires que sont lesdites Régions naturelles. Aussi, ces citoyens-sujets veulent-ils, même s’ils ne le disent pas ou ne savent pas toujours le dire, s’y accomplir ; s’accomplir pleinement chez eux, dans leurs territoires ou terroirs respectifs, avant (et c’est là que nous les rejoignons pour les y encourager) de se projeter en tant que Sénégalais s’affirmant comme tels.

Ce sont donc ces derniers qui sont ici nos ‘‘cibles’’, et qui par conséquent nous intéressent. De la sorte, nous leur dédions notre offre politique, entendu que cette dernière n’est pas un programme de gouvernement, mais plutôt, tout à la fois, une vision éthico-politique et un projet de société qui peuvent constituer la base commune à tous programmes de gouvernement au Sénégal, qu’ils soient d’émanation communiste, socialiste, social-démocrate, social-écologiste, social-libérale ou libérale.

En cela, notre vision éthico-politique et notre projet de société transcendent toutes les obédiences politiques, y compris dans le temps.

Un ‘‘programme de gouvernement de large consensus éthico-politique’’ est donc possible, et même plus que jamais attendu, fondé, conjointement et indissolublement, sur notre vision éthico-politique et notre projet de société que voici et voilà.

Il ne s’agirait pas, à cet effet, loin s’en faut, d’une coalition politicienne et opportuniste de type BBY (Benno Bokk Yakaar), soumise à un parti prétendument dominant ou majoritaire – encore que, en l’espèce, dans l’intérêt du pays, il ne soit guère exclu que le président Macky Sall reconsidère et sa vision et sa pratique politique – mais d’un programme de gouvernement qui participe d’un véritable consensus éthico-politique.

Soit une espèce de porte ouvrant sur… le développement socio-économique de notre pays, en vue du plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de nos concitoyens.

Mais, souvenons-nous, avec gravité, pour devoir en tirer conséquemment les enseignements qui s’imposent, que le mouvement populaire et citoyen ayant conduit au « 23 juin 2011 » a produit, un peu moins d’un an après, Macky Sall comme président de la République ; et qu’il a accouché pour ainsi dire d’un « post-maturé » dont on n’attendait quasiment plus la venue au monde, du fait précisément de la « légèreté politique » avec laquelle les acteurs politiques ont accompagné ledit mouvement. Une « légèreté politique » coupable.

En effet, tous les « prémonitoires » étaient au rendez-vous, qui annonçaient ou présageaient le « 23 juin », ou quelque chose comme ça. Or, celui-ci survint tel un rêve grisant, voire un cauchemar ; tandis que, pour leur part, les « monitoires », dont on pouvait se prévaloir in fine en toute légitimité, s’évanouirent avant terme, à tout jamais.

Depuis, le « 23 juin » est l’illustration même de ce que c’est que de passer à côté de ‘‘Quelque chose’’. C’est la rançon d’une révolution mort-née, ou inachevée.

Au demeurant, comment peut-on comprendre que, dans une République qui entend s’honorer avec ses enfants grâce notamment à leur honorabilité respective d’une part, et dans une Démocratie qui se respecte d’autre part, des candidats malheureux, à l’issue du premier tour d’une élection présidentielle, se découvrent comme par enchantement – le temps nécessairement éphémère de l’entre-deux-tours de ladite élection – la vocation de s’assujettir jusqu’à la limite de l’aliénation à l’un ou l’autre des deux champions qualifiés pour le second tour ?

On peut être sans honneur, s’il l’on sait – pour paraphraser un propos de Thomas More – que l’honneur n’est jamais rentable, sinon tout le monde serait honorable. Mais y ajouter le déshonneur, c'est-à-dire être sans honneur et en même temps mais guère sous un autre angle se déshonorer, est le substrat même de la négation ou de l’absence de la dignité.

C’est pourtant ce que nous avons connu avec BBY, pour devoir l’expérimenter avec amertume, voire le subir en termes de résultats contre-productifs pour notre pays. En l’espèce, l’on a gagné le déshonneur, avec en prime l’indignité.

Ainsi, donc, BBY a-t-il à la fois un prix, vil celui-là, et un coût exponentiel en termes notamment de distribution indue de l’argent du contribuable sénégalais.

Qui plus est, en 2012, BBY n’avait aucunement fait gagner Macky Sall ; c’était le président sortant Abdoulaye Wade qui avait fait perdre son camp. Ce qui nous fait dire en l’occurrence que même Abdoulaye Wade avait voté contre le président Abdoulaye Wade.

Il n’y avait donc que Macky Sall pour ne pas le comprendre, en ce temps-là, au point de s’enticher de BBY avec les pesanteurs politiciennes et autres conséquences parasitaires qui devaient logiquement et immanquablement s’ensuivre, aux dépens de l’intérêt national.

En fait, à cette occasion-là, Macky Sall n’avait été fort que de la faiblesse relative du président Abdoulaye Wade. Et il l’est encore de nos jours, notamment avec la faiblesse et conjoncturelle et structurelle de l’opposition, y compris en termes de vision éthico-politique.

A la lumière de ce qui précède, la loi électorale devrait interdire la formation de coalitions entre les deux tours de la Présidentielle, comme de toutes les autres élections. Car de telles coalitions ne seraient rien moins qu’un moyen détourné d’escroquer politiquement le Peuple. Qui plus est, un ralliement, dans cet entre-deux-tours, à l’un ou l’autre des candidats qualifiés, contre éventuellement un strapontin dans un futur gouvernement, ne saurait valoir un programme de gouvernement.

S’il est noble de concourir à la magistrature suprême d’un pays, il est forcément tout aussi noble d’être un opposant en Démocratie, a fortiori un « opposant historique ».

A propos, on peut regretter, pour notre pays, qu’un Moustapha Niasse ou un Ousmane Tanor Dieng, entre autres personnalités politiques de haute facture, n’aient cru devoir se découvrir une telle vocation.

Abdoulaye Wade comme « opposant historique » n’était-il pas déjà une « institution » éminemment honorable, qui plus est politiquement et démocratiquement productive au Sénégal ?

Au carrefour de l’éthique du pouvoir et de l’éthique de l’opposition, il y a notre propre éthique, incontestablement. Que vaut-elle ? Et que peut-elle ?

Oui, au centre de ce carrefour, il y a notre éthique personnelle, c'est-à-dire – pour faire court et simple – ce qui nous incite constamment à voir au-delà du court terme d’une part, et bien au-delà de l’urgence (qu’il ne faut pas confondre avec la priorité) d’autre part. Mais aviserions-nous d’actualiser à bon escient notre éthique personnelle, que, déjà, elle nous ferait « murir » et, ainsi, approcher de la « mort », sans crainte, mais tout conscients, sinon tout convaincus, non seulement d’avoir réalisé quelque chose pour la postérité, mais de participer de la sorte, déjà, de la postérité. Car qu’est-ce l’éthique personnelle sinon, donc, cette espèce de valeur innée, ou cet ensemble de valeurs innées, qui concourt à l’accomplissement de soi et qu’il convient de vivre autant que faire se peut pour voir au-delà et même bien au-delà de soi ?

C’est en cela que l’arbitraire que subissent de nos jours, de la part du pouvoir, Karim Wade, Khalifa Sall et Barthélémy Dias, entre autres, tous embastillés, puis, en ce qui concerne le premier, contraint à l’exil, (que cet arbitraire donc de la part du pouvoir) ne saurait être justifié par leurs manquements ou leurs erreurs voire leurs fautes d’hier. La tortuosité d’avant-hier de Abdoulaye Wade, puis la filouterie d’hier du président Abdoulaye Wade, ne sauraient, non plus, justifier, ni la rancœur, ni les actes de vengeance et autres vacheries politiciennes du président Macky Sall.

Ici, bien au contraire, le droit et le devoir indissolublement réunis à l’oubli, en tant que boussoles indispensables pour un bon exercice de leadership, trouveraient leur justification quintessentielle.

C’est en cela, aussi, que les leaders de l’opposition qui en sont épargnés, soit par le fait du prince, soit par le fait du hasard, gagneraient à arborer, en l’occurrence, coûte que coûte, l’étendard de la sincérité, de l’honnêteté intellectuelle et surtout du courage politique. Ils le doivent par principe à leurs camarades infortunés. C’est du moins ce que nous pensons.

Quoi qu’il en soit, et notamment dans la perspective d’un programme de gouvernement qui participe d’un véritable consensus éthico-politique, tel que nous le suggérions précédemment, commençons par aménager le territoire national du Sénégal. C’est-à-dire, commençons par faire de la géographie. Nous (re)découvrirons, alors, que le Sénégal géographique, ce sont, toutes réunies, et à dessein : les Régions naturelles du Fleuve, des Niayes, du Ferlo, du Sine-Saloum, du Sénégal Oriental et de la Casamance, toutes dotées d’une histoire propre, d’une culture propre, d’un territoire propre et d’une population propre. Et, fait majeur, chaque population (régionale) est territorialement groupée.

L’admettre comme tel, pour devoir s’y atteler, c’est déjà enclencher le nécessaire processus de « décolonisation » de nos Régions naturelles, qui n’est autre que le nécessaire processus de déjacobination du modèle (ultra) centralisateur de gouvernance dont nous avons hérité de la colonisation française.

Si donc aménager le territoire au Sénégal, c’est faire de la géographie, quoi de plus logique sinon de plus naturel que de prendre acte de cette réalité consubstantielle à notre pays et de la consacrer comme telle, juridiquement (constitutionnellement), techniquement et financièrement (notamment en termes de budget) ?

Mais aménager (le territoire), n’est-ce pas aussi faire de la politique, si l’on sait en outre que toute politique est libre par essence ?

Il est en tout cas une vérité de fait, c'est-à-dire incontestable, selon laquelle : les institutions du Sénégal, y compris celles dont nous avons hérité de la colonisation, sont le produit ou le fait de la liberté dans le passé. Et parce que les hommes dans le passé ont été libres de créer de telles institutions, nous devons être tout aussi libres et capables dans le présent de les réformer, les améliorer ou tout simplement les abandonner pour en instituer d’autres, en ayant cependant le regard braqué sur cette autre vérité, en vertu de laquelle : toute économie (a fortiori de développement) est toujours libre parce qu’elle procède nécessairement d’une politique, celle-ci étant elle-même nécessairement libre (ou elle n’est pas).

Alors, que faire pour vivre mieux au Sénégal ? Quel cadre, au Sénégal, pour un meilleur accomplissement, individuel et collectif ? C'est-à-dire finalement pour cesser d’être ou d’évoluer à côté de la plaque ?

Pour une République des hommes (hommes et femmes) accomplis

Voies et moyens pour refonder l’Etat

Comme nous venons de le rappeler, nous ne pouvons plus nous satisfaire de l’affirmation, finalement tout banale, selon laquelle le Sénégal est une Démocratie (républicaine) ou une République (démocratique). Sinon comment expliquer que l’on puisse s’accommoder d’un conflit armé dans notre pays, le conflit en Casamance, qui oppose depuis plus de 35 ans l’Armée Nationale et le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) ?

Aussi, les voies et moyens pour refonder l’Etat ci-après se fondent-ils sur l’hypothèse d’un Sénégal réconcilié avec lui-même, avec notamment l’extinction définitive du conflit en Casamance.

1. Changer les esprits…

Pour changer les esprits, il faut d’abord les alimenter, les nourrir, pour faire d’eux des esprits nouveaux, c'est-à-dire des esprits inventifs, désireux et ayant le pouvoir d’inventer. Et donc des esprits qui disposent d’une certaine manière de leur propre avenir. Soit des esprits qui fassent leur propre histoire. C’est à coup sûr la voie indiquée pour produire véritablement du progrès social, tant il est vrai que seul un changement d’esprit, qui participe d’un vrai changement de politique, apportera un changement d’homme. Mais guère l’inverse.

1.1.            L’investissement dans l’éducation et par l’éducation

Depuis toujours, le Sénégal regorge d’or, de diamants, de pétrole, de gaz, de fer et d’autres minerais de qualité exceptionnelle, mais il ne le sait que trop peu. Ce sont pourtant, et à l’évidence, les femmes et les hommes qui y vivent, et qui valent en réalité infiniment plus que ça. Or, pour elles et pour eux, tous les investissements possibles et imaginables valent de l’or, des diamants, du pétrole, du gaz et d’autres minais de qualité exceptionnelle.

Le premier de ces investissements, en vue du plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de citoyens, doit être, du moins selon nous, l’investissement dans l’éducation et par l’éducation. Car, tout le monde le sait ou le soupçonne, c’est par l’éducation que la société s’auto-crée, se transforme et s’auto-recrée. Et puisque nous recherchons le plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de citoyens, investissons dans l’éducation pour l’éducation du plus grand nombre possible de citoyens, qui ne sont autres que la toute première Ressource du pays, la plus immédiatement accessible et la plus efficace que l’on puisse jamais transformer sous la forme légitiment attendue de Sénégalais nouveaux.

Il conviendrait cependant, pour ce faire, de changer de paradigmes, et notamment de voir, dans le nombre relativement important des citoyens à éduquer, une chance, un atout ; mais guère une pesanteur, une tare.

Pensons, par exemple, aux milliards de francs CFA que tous les Gouvernements successifs du Sénégal ont engloutis dans la propagande ou les actions de propagande pour gagner à leur cause exclusive et souvent bassement politicienne le plus grand nombre possible de citoyens. Mais songeons en même temps à l’absence totale et fatale de retour sur investissement.

Nous conviendrons, alors, qu’en investissant massivement dans l’éducation et par l’éducation du plus grand nombre possible de citoyens, nous ne courrons que le risque d’engranger des résultats probants et durables.

1.2.            Pour la primauté de la philosophie, sa présence diffuse et permanente, et sa transversalité dans l’éducation

Qu’est-ce qui nous fait courir ? Qu’est-ce qui nous fait vivre, sinon la quête de l’accomplissement épanoui, ou de l’épanouissement accompli de notre existence personnelle ? En fait, la quête du bonheur. Chaque individu d’une part et toutes les sociétés d’autre part le recherchent. Or, suggérer cela, le penser même, c’est déjà « philosopher ».

S’aviser de ce qu’une intelligence ou un esprit est promis à l’imbécilité s’il ne sait se tenir avec un « bâton », c’est aussi, déjà, « philosopher ». C’est que toute intelligence ou tout esprit, pour s’accomplir, a besoin d’être tenu ou soutenu par un « bâton », qui n’est autre que l’éthique, en tant qu’une valeur ou un ensemble de valeurs humaines innées. La cultiver, la promouvoir, voire s’y exercer seulement (indépendamment de toute contingence, par exemple de la religion qui ne saurait être en soi une valeur ou un ensemble de valeurs humaines innées), c’est faire de l’éthique séculière appliquée. Ce qui fait dire ce qui suit à Sa Sainteté le Dalaï Lama : « On peut se passer de religion, mais pas de valeurs humaines, pas d’éthique ». 

Sous ce rapport, l’éthique séculière appliquée apparaît comme l’autre nom de la laïcité. Autrement dit, faire de l’éthique séculière appliquée, c’est laïciser son intellect ou son esprit, au moyen notamment (de la promotion) des idées de liberté, de justice, de culture et de bonheur : l’idée de liberté, pour aider à la construction de soi par soi, et dans le monde, tout en participant à la construction de celui-ci ; l’idée de justice, pour découvrir ou faire l’expérience véritable de la réciprocité ; l’idée de culture, pour l’acquisition de son autonomie propre ; et l’idée de bonheur, pour donner sens à notre existence personnelle, la justifier même. C’est d’autant plus important que ce sont la culture, les choix des citoyens (y compris les choix malheureux) et leurs modes de vie qui font et défont les régimes politiques, que ces derniers soient démocratiques ou non. Mais guère l’inverse.

L’on voit donc l’importance et tout l’intérêt que revêtirait la philosophie en tant que la colonne vertébrale de toute vie en devenir.

Si éduquer, c’est agir et en même temps faire agir sans contraindre, il faut y voir l’outil par excellence pour faire appel à la liberté d’abord, et pour en faire l’apprentissage ensuite. Avec comme objectif premier de façonner des citoyens autonomes. Mais des citoyens autonomes qui restent bien ancrés dans l’environnement humain et social où ils baignent, c'est-à-dire : dans le lieu qui est leur (leur milieu), dans leur culture (la leur propre), et dans leur époque (leur temps), le tout participant de l’histoire du moment (leur histoire). C’est le second objectif.

Vient ensuite le troisième objectif : le vivre ensemble. Tout le monde le proclame, et pourtant il ne va pas de soi. C’est si vrai que c’est son apprentissage puis sa pratique avérée qui rendent possible la République, la Chose publique, en tant qu’un formidable terreau propice à la réciprocité, et donc à la justice, en fait la Nature s’accomplissant sans y être contrainte. Tous les citoyens se valent, et par conséquent ce qui est valable pour l’un l’est tout autant réciproquement pour l’autre (pour tous les autres).

Dès lors, comment ne pas songer au bonheur que pourrait nous procurer le vivre en République. C’est le quatrième objectif, l’ultime. Nous l’appelons bonheur, d’autres préfèrent parler de joie, ou de bien-être.

Or, c’est avant tout une tâche éminemment philosophique que de travailler à la liberté et à l’autonomie, au vivre ensemble, en vue ultimement du bonheur, de la joie ou du bien-être en République.

Voilà pourquoi la place de la philosophie est avant tout dans l’éducation, depuis l’école primaire jusqu’à la dernière année à l’université, toutes disciplines confondues.

1.3. Quelle place à l’école pour le catéchisme musulman, chrétien ou des autres religions ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, en l’Eglise catholique, les futurs séminaristes sont d’abord et principalement évalués sur la base de leurs capacités d’absorption intellectuelle et de leurs connaissances dans les matières constitutives du corpus de l’éducation nationale. Devenus séminaristes, les enfants concernés continueront d’être évalués selon cette même logique, au moins les premières années du cursus scolaire (généralement jusqu’à l’année du baccalauréat). Le catéchisme ou la catéchèse y apparaît alors comme étant une matière aussi évidente et nécessaire qu’incidente.

Nous retrouvons le même fonctionnement dans les écoles privées catholiques, nonobstant la vie en internat dédiée aux futurs prêtres et plus globalement aux futurs religieux et religieuses.

C’est que le catéchisme chrétien, comme tel, ne saurait faire à lui seul ‘‘l’école’’. Le catéchisme musulman ou des autres religions non plus. Qui plus est, le « daara » (à ne pas confondre avec les écoles musulmanes qui sont, chez nous, ce que sont les écoles chrétiennes), en tant que cadre dédié au catéchisme musulman, ne saurait se substituer à l’école telle que la République la conçoit pour tous ses enfants, mais alors pour tous ses enfants dans leur singularité.

Or, nous sommes un pays où il est admis de tous les parents et de toutes les familles que le catéchisme est nécessaire au développement humain et social de l’enfant. Le catéchisme apparaît même comme obligatoire et effectif au Sénégal. Alors combien plus encore devrions-nous nous donner de bonnes raisons de rendre obligatoire et effective l’acquisition des autres humanités à l’école de la République par nos enfants, mais par tous nos enfants dans leur singularité !

D’ailleurs, Dieu n’est-Il pas trop grand pour être enfermé dans une « école » dédiée exclusivement au catéchisme ?

Nous sommes en tout cas persuadés qu’Il en déménage, aussitôt que l’on cherche à L’y enfermer. Car c’est aussi et surtout dans les autres humanités, c'est-à-dire les humanités constitutives du corpus de l’éducation nationale telle que la République la conçoit, que s’éveillent la curiosité et l’émerveillement, voire le doute et la certitude. Bref ! toutes facultés nécessaires à l’accomplissement de tout esprit en devenir, selon qu’il est croyant, agnostique ou athée.

Or, Dieu, du moins tel que nous Le concevons, apprécie que l’on puisse être curieux ou émerveillé. Et en éprouvant nos doutes et nos certitudes, Dieu les aiment aussi.

Toute éducation particulière – et le catéchisme en est assurément une – consolide ou déconsolide à terme l’éducation générale, nécessairement. Mais si l’une et l’autre se conjuguent, d’une part, et, d’autre part, sont tout ordonnées, et tout à la fois, non pas à l’état actuel de notre société, mais à son état futur possiblement meilleur, nul doute que nous y gagnerions en termes de productivité humaine, culturelle, socio-économique et politique.

L’on voit donc à quel point il est humainement injuste et cruel d’enfermer l’accomplissement d’un enfant, c'est-à-dire d’un homme ou d’une femme en devenir, dans quelque enseignement religieux exclusif que ce soit, au nom de Dieu.

1.4. Quelques pistes pour rendre immédiatement et véritablement opérationnel le principe de l’éducation universelle

1.4.1. Non ! la faute n’incombe pas à « Eve », ni au « serpent », mais à « Adam »

Dans chaque pays, les langues pratiquées sont réputées « nationales », si et seulement si elles sont « domestiques » ou « domestiquées » (volontairement ou non). Aussi, peut-on les considérer comme « nationales par essence » dans le premier cas, et « nationales par destination » dans le second cas.

Le français, au Sénégal, n’est donc pas seulement une langue officielle. Il est (devenu) une langue nationale.

Par conséquent, quand d’éminents esprits affirment qu’« aucun pays ne se développe dans les langues étrangères », en pointant du doigt le français comme une langue étrangère au Sénégal, de deux choses l’une : ou ils ne sont pas au courant (du sens) de leur propre allégation, ce qui paraît peu probable, ou ils sont de mauvaise foi. Car, faut-il encore le rappeler, le français est (devenu) une langue nationale au Sénégal.

Et ce n’est pas rendre service aux générations futures que de minorer l’importance du français, sous prétexte qu’il serait aujourd’hui encore une langue étrangère au Sénégal, interchangeable à ce titre avec toute autre langue étrangère.

En fait, il est de bon ton, c'est-à-dire de bon sens, qu’aucun pays, ni aucune société, ne peut se développer, s’il/elle ne daigne éduquer ou alphabétiser ses enfants, mais tous ses enfants dans leur singularité. Y compris donc les étrangers qui y vivent ou qui souhaitent y vivre durablement.

Alors, cessons de tricher avec nous-mêmes ; cessons de nous mentir à nous-mêmes ; et tâchons d’éprouver la volonté réelle d’éduquer/alphabétiser nos enfants, mais tous nos enfants dans leur singularité.

Donnons-nous ensuite les moyens avérés et conséquents d’éduquer/alphabétiser réellement nos enfants, mais tous nos enfants dans leur singularité.

Et, enfin, et seulement enfin, notre pays ne s’en portera que mieux, à tout point de vue.

1.4.2. De l’idée à la réalité factuelle de l’école obligatoire

L’idée de l’école obligatoire participe de notre conception de l’éducation en tant qu’un bien public, comme la sécurité, la santé, entre autres biens publics élémentaires mais non moins essentiels, fondamentaux. Rendre obligatoire l’école, ne serait donc pas forcer la nature, mais bien au contraire l’accomplir. C'est-à-dire, aller naturellement dans le sens ordinaire de la nature. Mieux, c’est permettre à la nature de faire ‘‘beaucoup’’ à partir de ‘‘rien’’.

Mais plus que cette idée de l’école obligatoire, c’est un devoir pour la République que de l’accomplir dans les faits, pleinement, et avec efficacité. Autrement dit, la République doit se donner les moyens nécessaires pour éduquer ses enfants, mais tous ses enfants dans leur singularité. De sorte que faillir dans l’éducation de nos enfants doit être proscrit autant que l’est toute défaillance dans la sécurité ou la sécurisation des personnes et des biens dans notre pays.

1.4.3. Le « service national universel » sous la supervision de l’Armée Nationale

Le « service national universel », autrement appelé le service civil ou civique, nous apparaît nécessaire, tant il permettrait de découvrir, pour ensuite les exploiter ou les promouvoir, tous les atouts que l’Hymne National du Sénégal recèle. En effet, nous y trouvons réunis, notamment : l’appel au patriotisme et au civisme ; l’appel à la discipline, au dévouement et au don de soi ; l’appel au courage en toutes circonstances ou épreuves ; l’appel au travail bien accompli ; l’appel à la solidarité et à l’unité du Sénégal d’une part, et de l’Afrique d’autre part ; l’appel à être « plus-que-frères », Nous Sénégalais, toujours « debout », pour en obtenir, en guise de prime, le pouvoir « d’unir la mer et les sources, la steppe et la forêt » …

En cela, nous souscrivons, sans réserve, à la volonté du candidat déclaré à la prochaine Présidentielle, Pierre Goudiaby Atepa, tendant à rétablir le « service national universel » au Sénégal.

a)- Pour les jeunes majeurs sans activité de 18 à 26 ans

Les jeunes majeurs sans activité et non-alphabétisés doivent faire l’objet, ici, d’une mesure urgente et spéciale. Il faut, en effet, en plus de la formation militaire classique, leur offrir des cours d’alphabétisation avec les meilleures méthodes pédagogiques du moment. Et ce, pendant une durée de deux ans, au terme de laquelle ceux qui le désirent et qui en sont aptes pourront s’engager et faire carrière dans l’Armée.

En tous les cas, tous, sans exception, bénéficieront au cours de cette même période d’une formation à l’un ou l’autre parmi les nombreux métiers que l’Armée Nationale est à même de dispenser.

Sinon, au terme de leur « service national universel », ils devront être orientés vers tel ou tel institut de formation professionnelle ou d’apprentissage, en vue de leur future insertion dans la vie active.

b)- Pour les jeunes majeurs en activité de 18 à 26 ans

(i) Les jeunes travailleurs

- Pour les jeunes salariés, il conviendrait, de concert avec leur employeur, d’établir un calendrier adapté au cas spécifique de chacun, en raison peut-être d’un mois par semestre ou de deux mois consécutifs par an et pour un total de six mois de « service national universel ».

Aux jeunes salaries non-alphabétisés, il faut offrir des cours d’alphabétisation avec les meilleures méthodes pédagogiques du moment.

Cependant, ceux qui le souhaitent, et après accord de leur employeur, devraient pouvoir effectuer d’un trait leur service.

- Pour les jeunes en situation d’auto-emploi, il faudrait procéder de la même manière, selon leurs propres désirs.

Aux jeunes en situation d’auto-emploi non-alphabétisés, il faut offrir des cours d’alphabétisation avec les meilleures méthodes pédagogiques du moment.

Entendu que les premiers comme les seconds peuvent prétendre à faire carrière dans l’Armée, après avoir découvert ce noble métier.

(ii) Les élèves et étudiants majeurs

Un « service national universel » doit aussi être dédié aux élèves et étudiants majeurs, en raison de deux à trois mois par an et pour un total de douze mois, le solde devant être effectué d’un trait à la fin des études, s’il y a lieu, et sous réserve de l’entrée immédiate en activité. Auquel cas, ils devront être soumis au régime des jeunes majeurs en activé pour solder leur compte.

Toutefois, ceux qui quittent l’école ou l’université avant terme, devront être soumis au même régime (y compris en termes de durée) que les jeunes majeurs avec ou sans activité, selon justement qu’ils sont en activité ou non.

1.4.4. Les autres mesures urgentes

. Instituer sans délai et mettre immédiatement à la disposition de chaque Commune une « Police de l’Etat Civil et de l’Ecole » chargée, d’une part, de l’inscription à l’Etat civil de tous les enfants et, d’autre part, de leur inscription et de leur entrée effective à l’école à l’âge requis.

. Instruire l’autorité des programmes scolaires au ministère de l’Education nationale d’introduire sans délai l’enseignement de la philosophie dès le Primaire.

. Introduire immédiatement la philosophie dans tous les programmes des instituts de formation pédagogiques.

. Engager sans délai une réforme des grandes écoles et des universités pour introduire la philosophie dans toutes les disciplines.

. Engager une réforme de même type pour les instituts de formation professionnelle et d’apprentissage.

. Offrir sans délai des enseignements philosophique et culturel aux partis politiques, aux syndicats et aux associations.

1.5. Changer les esprits n’est jamais qu’une question de volonté (politique)

Que la colonisation soit un crime contre l’humanité, cela n’est pas seulement une évidence, mais une évidence occultée. C’est vrai, par exemple, dans l’Hexagone. Mais ça l’est aussi, d’une part, dans les Outre-mer « français » où les populations ont d’autant mieux prêté de bonnes raisons à la colonisation que jamais elles n’ont songé à leur souveraineté propre et, d’autre part, dans les ex-colonies françaises, à l’exception notable de l’Algérie.

En effet, les relations algéro-françaises font école en la matière et constituent par là-même une référence. C’est que chaque Algérien, de quelque obédience qu’il soit, est l’incarnation même du citoyen algérien postcolonial d’autant plus émancipé qu’il ne lui viendrait aucunement à l’idée de se poser inutilement la question de savoir « ce que la colonisation n’est pas ». Bien au contraire, pour tout Algérien, la seule question qui vaille est de savoir « ce qu’est la colonisation », qui appelle à son tour la seule réponse qui vaille, soit que « la colonisation est un crime contre l’humanité, ni plus ni moins ».

Mais plus qu’une référence, les relations algéro-françaises sont en l’espèce une « institution », qui participe, ou qui procède, du processus même de changement de l’esprit algérien, devenu pour ainsi dire « l’esprit-type postcolonial » ; celui-là même qu’incarne incontestablement le citoyen algérien postcolonial, à la faveur d’une volonté politique avérée.

Or, la colonisation sera reconnue universellement comme un crime contre l’humanité, quand et seulement quand l’Algérie aura gagné en l’occurrence son combat.

Qu’à cela ne tienne, notre conviction est faite, définitivement : pour les raisons évidentes que nous avons mentionnées précédemment, il faut changer les esprits et les institutions. De sorte que les mesures ci-après que nous préconisons s’inscrivent dans la droite ligne de notre vision éthico-politique et de notre projet de société tendant à façonner, au Sénégal, un nouveau type de citoyen : Le Sénégalais nouveau.

2. …Mais changer aussi les institutions

2.1. Quelles institutions pour une République des hommes (hommes et femmes) accomplis au Sénégal ?

Il est acquis que les institutions, si modernes et si fortes soient-elles, ne valent dans leur fonctionnement que par les hommes et femmes qui les animent. Mais il n’en reste pas moins que leurs qualités propres, et notamment leur opportunité, leur conformité à notre vision de l’Etat dont elles ont vocation à être les piliers tout en le dépassant ou transcendant dans le temps et l’espace, ainsi que leur caractère continument impersonnel, (que tous ces facteurs donc) sont éminemment nécessaires, en ce qu’ils ne peuvent pas ne pas être : ils ne sauraient être des options, sauf à condamner par avance le fonctionnement même de l’Etat. Or, une institution opportune est forcément une institution moderne, c'est-à-dire une institution adaptée aux réalités ou aux actualités de l’Etat ; et par conséquent en corrélation avec les attentes des populations quant à la pérennité de l’Etat, d’une part, et, de l’autre, à la bonne gouvernance du pays.

a)- De la forme de l’Etat

La Nation sénégalaise est consubstantielle aux Régions naturelles du pays : Le Fleuve, Les Niayes, Le Ferlo, Le Sine-Saloum, Le Sénégal Oriental et La Casamance. Ce dont les autorités ont bien voulu prendre acte au travers de l’Acte III de la décentralisation, en préconisant notamment que l’on réhabilite la Région en tant que « l’échelon de mise en cohérence des outils de planification des actions de développement dans un espace socio-économique et culturel approprié par ses habitants. Elle forme, ainsi, un espace homogène au plan éco-géographique, historique, socioculturel et économique. Les Régions, issues du regroupement des départements, seront en nombre limité pour favoriser l’objectif de cohérence territoriale et régler le problème de l’émiettement territorial (…)  Ainsi, il est proposé le remodelage du pays en six (6) Régions : Casamance, Dakar-Thiès, Diourbel-Louga, Fleuve, Sénégal oriental et Sine-Saloum. Elles répondent aux fondamentaux pour structurer des territoires qui peuvent ainsi avoir une spécificité urbaine, industrielle, agricole, minière ou touristique, mais qui ne peuvent se passer d’un ou de plusieurs pôles urbains, seuls à même de cristalliser la personnalité régionale. Le principe de découpage « régional » repose, à la fois, sur l’identité des territoires, sur ses réalités naturelles économiques – en particulier sur l’armature de transport –, et s’appuie sur le rôle des villes. »

On voit donc, nonobstant le ‘‘jeu sémantique’’, à la faveur duquel sont ici remplacés ‘‘Les Niayes’’ par ‘‘Dakar-Thiès’’ et ‘‘Le Ferlo’’ par ‘‘Diourbel-Louga’’, que le bon sens a contraint les autorités à se souvenir, dans la conception de l’Acte III de la décentralisation, des réalités (historiques, territoriales, socioéconomiques et culturelles) consubstantielles à la Nation sénégalaise, devenue Etat-Nation.

Or, consacrer les Régions naturelles du Sénégal comme telles, puis les fédérer dans le cadre de l’Etat sénégalais, c’est prendre la pleine mesure, non seulement du caractère un et pluriel du pays, mais également de la nécessité impérieuse de rendre auxdites Régions naturelles leur pleine personnalité. Mais une pleine personnalité qui soit à la fois juridiquement (constitutionnellement), techniquement et financièrement (notamment en termes de budget) autonome. De la sorte, l’Etat sénégalais serait aussi décentralisé ou fédéral que ses Régions naturelles seraient autonomes.

b)- Le Président de la République

Elu au suffrage universel direct, le Président de la République se doit d’être à la fois le symbole et le garant de l’unité et de la cohésion nationales, selon les dispositions de la Constitution. A ce titre, il préside aux destinées de l’Etat. Véritable Chef du Gouvernement, le Président est ainsi responsable, devant la Nation, de la politique menée par ce dernier. En tant que tel, le Président de la République remplit une fonction éminente, voire transcendante, qui l’autorise alors à dépasser le seul cadre national pour se placer au-dessus de la somme des intérêts ou des enjeux régionaux, à la faveur d’une vision globalisante. Un Vice-Président de la République devrait être élu en même temps et sur le même ticket que le Président de la République, selon des modalités fixées par la Constitution. A ce titre, il assurerait l’intérim du Président de la République, en cas de vacance ou de décès de celui-ci, et ce jusqu’au terme du mandat pour lequel l’un et l’autre auraient été élus. Dans l’hypothèse de vacance ou de décès de tous les deux, le Président du Sénat assurerait l’intérim et organiserait de nouvelles élections présidentielles dans un délai de 60 à 90 jours.

c)- Le Gouvernement

Notre vision étant fédéraliste, alors que le fédéralisme est censé diffuser largement le pouvoir et les compétences vers les Régions, il devrait naturellement en résulter une réduction significative des départements ministériels nationaux. Entendu que, avec l’apparition d’un Vice-Président, le poste de Premier ministre devrait être supprimé.

Aussi, nous apparaît-il raisonnable que la formation du Gouvernement se limite aux ministères « de souveraineté » suivants :

-       Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération (et éventuellement un Secrétariat d’Etat chargé de la Francophonie et du NEPAD)

-       Ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et de l’Aménagement du territoire (et éventuellement un Secrétariat d’Etat chargé des Eaux et Forêts)

-       Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

-       Ministère de l’Economie et des Finances (et éventuellement un Secrétariat d’Etat chargé du Budget et des Comptes publics)

-       Ministère de la Santé, de la Famille et des Affaires sociales

-       Ministère de la Défense

-       Ministère de la Justice

-       Ministère de l’Intérieur

-       Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Fonction publique (et éventuellement un Secrétariat d’Etat chargé de la Formation professionnelle et du Dialogue social)

-       Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche

-       Ministère de l’Urbanisme, du Logement et de l’Habitat durable

-       Ministère de la Culture et de la Communication

-       Ministère de l’Energie et de l’Hydraulique

-       Ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Artisanat

-       Ministère du Commerce et du Tourisme

-       Ministère de l’Equipement, des Travaux publics et des Transports

-       Ministère des Télécommunications, du Numérique et de l’Innovation

-       Ministère de la Jeunesse et des Sports

En limitant ainsi le nombre des départements ministériels et des compétences à l’échelle nationale, cela favoriserait à coup sûr une décentralisation plus audacieuse et certainement plus efficace.

Ainsi, donc, tous les droits et compétences non expressément dévolus à l’Etat pourront être exercés par les Régions.

Avec un tel dispositif, du reste verrouillé comme tel par la Constitution, nous faisons le pari et escomptons une réduction drastique d’au moins 50% du budget de fonctionnement du Gouvernement, soit la bagatelle de quelque 1000 milliards de francs CFA au regard par exemple de la Loi de Finances 2016.

Les économies ainsi engrangées seront alors intégralement redéployées vers les Régions, en sus de leurs dotations initiales.

d)- Le Parlement

Composé de deux chambres (Assemblée Nationale et Sénat), le Parlement a pour fonction principale : la production de lois. Avec l’érection d’Assemblées Régionales délibérantes et de contrôle a posteriori, le mandat des parlementaires (députés nationaux et sénateurs) apparaîtrait davantage impersonnel, cependant que les travaux du Parlement pourraient y gagner à la fois en efficacité et en pertinence.

Le Parlement deviendrait alors plus professionnel qu’il ne l’est de nos jours, tandis que sa coexistence avec les Assemblées Régionales délibérantes et de contrôle a posteriori devrait nous contraindre de le doter d’un effectif raisonnable et par conséquent ramené au strict minimum politiquement, juridiquement et techniquement acceptable.

- L’Assemblée Nationale

L’Assemblée Nationale est la réunion des Députés Nationaux de la République, tous élus au suffrage universel direct et issus de toutes les Régions. Aussi, chaque Région doit être représentée à l’Assemblée Nationale au prorata de sa population. En plus de son rôle de législateur, l’Assemblée Nationale se doit aussi d’assurer le contrôle de l’action du Gouvernement.

- Le Sénat

Le Sénat est la réunion des Sénateurs de la République, tous élus par les Assemblées Régionales délibérantes et de contrôle a posteriori. Chaque Région disposera d’un nombre égal de Sénateurs. Ayant la qualité de législateur autant que l’Assemblée Nationale, le Sénat aura également le pouvoir de contrôle de l’action du Gouvernement. En tant qu’une émanation des Régions, le Sénat se doit de défendre les intérêts respectifs de ces dernières devant l’Etat.

e)- Le Conseil Régional

Le Conseil Régional est l’organe exécutif de la Région. Chapeauté par le Président du Conseil Régional, en sa qualité de chef de l’exécutif régional, le Conseil Régional coordonne la politique et exécute le projet de développement dont est porteuse la majorité régionale.

Le Président du Conseil régional se doit de représenter à l’extérieur la plus haute autorité régionale et symboliser à l’intérieur l’autorité ordinaire de l’Etat, la Région étant et devant rester une composante de celui-ci et non son pair.

Elu au suffrage universel direct, le Président du Conseil Régional serait à ce titre responsable devant les populations concernées. Cependant, et à la différence de la pratique en cours, le Président du Conseil Régional devrait pouvoir nommer et révoquer les Conseillers Régionaux. Ces derniers avec le Président du Conseil Régional incarneraient ainsi le Conseil Régional qui, en sa qualité d’exécutif régional, coordonnerait la politique et exécuterait les projets de développement dont il serait collégialement et solidairement porteur.

Aussi, le Conseil Régional devrait-il être structuré en fonction des priorités de développement de la Région et ne disposerait pas de pouvoirs régaliens, à l’exception du pouvoir de police. En effet, celui-ci relèverait du Conseil Régional sur toute l’étendue de la Région concernée, étant entendu que la prérogative de police des frontières appartiendrait à la gendarmerie qui, pour cette même raison, serait extrêmement restreinte, cependant qu’elle resterait un corps d’armée relevant du ministère de la Défense.

Ainsi, le Conseil Régional serait compétent pour tous les secteurs de développement non expressément dévolus par la Constitution au Gouvernement, si l’on sait en outre que la Région a vocation à être une locomotive, notamment socioéconomique.

f)- La Conférence des Présidents du Conseil Régional

En tant que le « bras armé » » de l’ensemble des Régions, concurremment avec le Sénat, la Conférence des Présidents du Conseil Régional serait chargée de la défense, devant l’Etat, des intérêts respectifs de ces dernières, notamment dans la répartition des financements nationaux.

Instituée sur la base des principes d’égalité, de solidarité et de respect mutuels, la Conférence des Présidents du Conseil Régional pourrait alors être admise comme l’institution formelle de la nécessaire « coopération multilatérale » ou « décentralisation coopérative » qui devrait prévaloir entre les différentes Régions du pays.

Plus d’autonomie et de décentralisation territoriale et fonctionnelle pour davantage d’égalité, de solidarité et de respect mutuels, tel devrait être le soubassement philosophique ou éthico-politique de la mission dévolue à la Conférence des Présidents du Conseil Régional.

g)- L’Assemblée Régionale délibérante et de contrôle a posteriori

L’Assemblée Régionale délibérante et de contrôle a posteriori est la réunion des Députés Régionaux, tous élus au suffrage universel direct, selon le scrutin proportionnel intégral pour davantage de démocratie locale et pour une meilleure représentativité de cette assemblée.

L’Assemblée Régionale délibérante et de contrôle a posteriori assure le contrôle a posteriori de l’action du Conseil Régional. Elle délibère sur les questions dont elle se saisit d’initiative ou bien sur les questions dont elle est saisie par le Conseil Régional. Son avis serait consultatif.

h)- Pour la suppression du Département et le maintien de la Commune

La « politique du diviser ou du morceler pour régner » avait été un leitmotiv dans la gestion controversée du conflit en Casamance depuis le ‘‘régime Abdou Diouf’’ jusqu’à nos jours. Stérile dans sa conception, elle l’a été et l’est toujours en termes de résultats. Qui plus est, à ce jour, le conflit en Casamance reste vif.

Il faut donc y remédier sans délai, notamment par la réhabilitation de la Région, concomitamment avec la suppression du Département (qui a fini de révéler son inutilité) et la promotion de la Commune (échelon le plus approprié dans la gouvernance du pays).

3. Mais notre vision éthico-politique n’est pas que fédéraliste…

-Notre vision éthico-politique est aussi sociale. Comment dès lors ne pas concevoir une République du Sénégal qui garantisse un ‘‘revenu minimum universel’’(RMU), une ‘‘couverture santé universelle’’(CSU), qui assure notamment la gratuité des frais relatifs au suivi des grossesses et aux accouchements, et un ‘‘habitat décent’’ pour tous ses Citoyens ? C’est en tout cas une gageure qu’il faille se donner les moyens, mais alors tous les moyens de relever.

-Notre vision éthico-politique est aussi socio-économique. Pas seulement économique, mais socio-économique. Et elle est sous-tendue par un postulat : La pleine-activité étant un élément essentiel pour le développement, au lieu de déterminer la main-d’œuvre (en terme de quantité) en fonction du capital disponible, il faut au contraire œuvrer de manière à rendre disponible le capital nécessaire à l’activité de l’ensemble de la main-d’œuvre existante.

L’objectif, ici, est d’appréhender les besoins essentiels de nos populations pour ce qu’ils sont : soit une priorité de notre politique économique générale.

Aussi, pourrions-nous préférer à la politique économique fondée sur le modèle du PNB (industrialiser à tout prix, urbaniser, maintenir un taux élevé de croissance), une politique socio-économique basée sur une volonté réelle de satisfaire réellement les besoins essentiels de nos populations et qui contraste d’avec la première, tant dans le concept que dans les faits.

Plus qu’une incongruité économique, à notre sens, c’est une erreur politique que de miser par tous les moyens sur la croissance au motif que ses effets embraseront mécaniquement l’ensemble des populations : les inégalités sociales, qui sont autant de handicaps économiques pour le Sénégal d’aujourd’hui, sont là pour nous convaincre de l’utilité sinon de la nécessité de privilégier, en l’occurrence, la stratégie visant à financer les activités ayant pour objet ou finalité la satisfaction des besoins essentiels des populations. En tant que telle, cette stratégie apparaît comme indispensable pour une réelle répartition ou distribution de la croissance et du progrès et, par conséquent, comme propice à l’émergence d’un modèle moins porteur de tensions politiques et sociales.

-Notre vision éthico-politique est aussi culturelle. En effet, si nous concevons que les diversités culturelles sont le fondement même de l’identité sénégalaise, nous devons convenir de la nécessité pour cette dernière d’être expressive, mais guère muette ; dynamique, et non statique.

Bref, à notre volonté résolue de restaurer et de promouvoir les langues éminemment nationales de notre pays, il faut également ajouter et favoriser notamment :

- l’expression et la création artistiques ;

- la création ou la promotion d’associations ou organisations culturelles, dont les coûts de fonctionnement doivent être substantiellement soutenus par l’Etat ;

- la création ou le développement d’industries culturelles (les industries du cinéma et de la musique, etc…), ainsi que leur compétitivité chez nous autant que sur les marchés internationaux.

-Notre vision éthico-politique est aussi écologique. Un environnement de qualité doit être perçu comme un droit élémentaire mais non moins fondamental, qu’une ‘‘charte nationale de l’environnement’’, inscrite dans la Constitution, aura pour objectif de préserver et de promouvoir. Toute personne physique ou morale doit être tenue responsable vis-à-vis de l’environnement et, pour cela, passible de poursuites judiciaires chaque fois qu’elle viendrait à enfreindre l’une ou l’autre des dispositions prévues dans une loi ou dans la charte nationale de l’environnement.

Ainsi, un tribunal de l’environnement créé à cet effet pourrait être saisi ou se saisir de toutes infractions aux normes ou aux règles prévues dans les textes en vigueur.

Aussi, l’Etat ou les Régions doivent-ils se doter, en binôme (avec) ou dans le cadre du « service national universel », d’une brigade de l’environnement et de l’assainissement (BEA) chargée principalement :

- de prévenir toute agression contre l’environnement ;

- de procéder à l’information et à l’éducation des populations par rapport au bien-fondé du principe de la protection de l’environnement tant à l’échelle nationale que sur le plan international ;

- du reboisement et de la reforestation de nos forêts.

- de la police de l’assainissement.

4. Le cas particulier de la Casamance

La République s’honorerait, à la faveur de plus de 35 ans de conflit armé et meurtrier en Casamance, à écouter le MFDC et à entendre le cri du cœur des Casamançais

Il est évident que notre vision d’un Sénégal UN et PLURIEL ainsi que notre projet de société se veulent aussi, en même temps, une réponse à la « Question nationale », si douloureusement ravivée par le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC).

Cependant, à défaut d’un consensus quant à la nécessaire réhabilitation du Sénégal dans et avec ses Régions naturelles, qui plus est autonomes, juridiquement (constitutionnellement), techniquement et financièrement, une ‘‘Option B’’ applicable à la seule Région naturelle de la Casamance, notamment pour juguler à tout jamais les velléités indépendantistes qui y ont cours depuis 1982, pourrait être envisagée.

A cet effet, une telle option consisterait dans l’érection de la Casamance en tant que « Collectivité territoriale de la Casamance à statut particulier » au sein de l’Etat unitaire décentralisé sénégalais.

La « Collectivité territoriale de la Casamance à statut particulier » comprendrait les institutions suivantes :

-          Le Conseil exécutif de la Casamance, qui exercerait les fonctions exécutives. A ce titre, il serait un organe exécutif régional chargé de l’administration des affaires de la « Collectivité territoriale de la Casamance à statut particulier » ;

-          L’Assemblée de la Casamance, organe délibérant. Elle serait dotée de compétences très élargies, en tous les cas plus élargies que celles des assemblées régionales de droit commun, axées notamment sur le développement économique, social et culturel et sur la protection de l’environnement ;

-          Le Conseil économique, social, culturel et environnemental de la Casamance (CESCEC), organe consultatif.

Les compétences de la « Collectivité territoriale de la Casamance à statut particulier » seraient au moins les suivantes :

-          Développement socio-économique

-          Fiscalité

-          Energie et hydraulique

-          Environnement et gestion de la forêt

-          Habitat

-          Education et formation

-          Santé

-          Culture et patrimoine

-          Transports, routes et voies ferrées

-          Agriculture et élevage

-          Pêche

-          Tourisme

-          Artisanat

-          Sport et jeunesse

Pour la mise en œuvre de sa politique, la « Collectivité territoriale de la Casamance à statut particulier » disposerait, au moins, des établissements publics suivants :

-          Agence de développement socio-économique de la Casamance (ADSEC)

-          Agence des transports de la Casamance (ATraC)

-          Agence du tourisme de la Casamance (AToC)

-          Agence de la pêche et de l’aquaculture de la Casamance (APAC)

-          Agence de l’agriculture et de l’élevage de la Casamance (AAEC)

-          Coopérative de fruits et légumes de la Casamance (CFLC)

-          Agence de l’énergie et de l’hydraulique de la Casamance (AEHC)

-          Office de la fonction publique territoriale de la Casamance (OFPTC)

-          Office de l’éducation et de la formation de la Casamance (OEFC)

-          Office de la culture de la Casamance (OCC)

-          Office de la santé de la Casamance (OSC)

-          Office du label ‘‘Casamance’’ et des industries de transformation de la Casamance (OLCITC)

-          Office de l’environnement de la Casamance (OEC)

-          Brigade de l’environnement et de l’assainissement de la Casamance (BEAC)

-          Banque régionale de l’investissement de la Casamance (BRIC)

-          Et tous autres établissements publics que la « Collectivité territoriale de la Casamance à statut particulier » jugerait nécessaires pour le développement de la Casamance et le bien-être des populations casamançaises.

Conclusion

Notre présente Offre Politique Publique n’est pas une profession de foi.

Nous n’exprimons pas, ici, une croyance.

Ici, bien au contraire, nous ne faisons que concevoir, à hauteur de la réalité consubstantielle au Sénégal, un projet de société pour notre pays, bien adossé à notre vision éthico-politique, en vue du plus grand bonheur matériel et existentiel possible, pour le plus grand nombre possible de nos concitoyens. Mais nous le concevons avec générosité et désintéressement.

Aussi, avons-nous préconisé, il faut changer les esprits et les institutions.

Notre assertion est d’autant plus pertinente qu’il n’y a plus aucun Français pour revendiquer ou encourager le jacobinisme (ultra)centralisateur dans la gouvernance de la France. Aucun esprit-debout en France ne saurait en effet s’y résoudre, si l’on sait que tous les clignotants socio-économiques en France attestent de la nécessité d’une France encore et toujours plus décentralisée, en vue d’un développement plus harmonieux et plus équilibré du pays.

Tout le contraire, hélas, de ce qui prévaut aujourd’hui encore en Afrique francophone, notamment au Sénégal, où des Africains bon-teint sont, en matière de jacobinisme (ultra)centralisateur, plus Français que les Français.

Voilà pourquoi il est impérieux de changer, ici et maintenant, les esprits de celles et ceux qui animeront demain les institutions au Sénégal ; entendu que celles-ci, en tant que telles, doivent faire l’objet d’une profonde réforme et d’une profonde refonte, ici et maintenant, dans le cadre d’une République nouvelle et d’un Etat nouveau.

Dakar, le 9 septembre 2018.

Le Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

Jean-Marie François BIAGUI

jmfbiagui@hotmail.fr

//jmfbiagui.seneweb.com

* La victoire au soir du 1er tour de la Présidentielle.

(1) Extrait de l’épilogue de l’Idée générale de la révolution de Pierre-Joseph Proudhon.

(2) Inspirés par Robert Misrahi, ‘‘Le grand Désir. Eléments pour une éthique et une politique de l’accomplissement, Ed. LE BORD DE L’EAU 2016’’. En effet, la pensée du philosophe nous inspire beaucoup et constitue une forte empreinte dans notre vision éthico-politique.

 L'auteur  Jean-Marie François Biagui
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