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Il a retrouvé la Gambie et les Gambiens pour le meilleur et pour le pire

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Dimanche 29 janvier, 2017 15:01  | Consulté 280 fois  |  0 Réactions  |   

Il était le président élu, et il était parti de Banjul, contraint ou presque, pour Bamako, au Mali, puis Dakar, au Sénégal. C’était il n’y a pas longtemps. Et il en est revenu, l’air triomphant, ce jeudi 26 janvier 2017, en tant le président en exercice de la Gambie. Son investiture comme tel avait eu lieu, une semaine auparavant, en terre gambienne de l’Ambassade de la Gambie au Sénégal.

Déjà, depuis Dakar, il avait signé un premier décret, par lequel il nommait Madame Fatoumata Jallow Tambajan vice-présidente de la Gambie – une nomination diversement appréciée voire controversée – puis un second décret, qui faisait alors du général Masaneh Kinteh son aide de camp avec rang de ministre d’Etat.

Il y avait là, avec ces décrets signés depuis l’étranger, comme un curieux empressement qui contrastait avec l’obligation pour le nouveau chef de l’Etat de différer de quelques jours encore son retour à Banjul pour des raisons évidentes de sécurité. D’ailleurs, à y repenser, l’on croirait y déceler une espèce de folie à vouloir coûte que coûte succéder à Yahya Jammeh dans les circonstances aussi chaotiques que celles-là ; mais une espèce de folie qui peut certainement se muer sous la forme d’une « mission » honorable, si toutefois, comme il s’y était juré, quoique rien ne l’y obligeât juridiquement, le président Adama Barrow honore sa parole et son engagement de faire de son mandat une « transition » de 3 ans.

Quoi qu’il en soit, avec le nouveau chef de l’Etat gambien, l’ère des symboles semble révolue. On ne s’embarrasse point de la « forme ». Mieux, les susceptibilités communautaires ou communautaristes, auxquelles on était pourtant si sensible jusqu’alors, sont comme éradiquées. De sorte que, dans la Gambie nouvelle, on est désormais Gambien, ou réputé tel, avant d’être (réputé) de tel ou tel groupe socioculturel. La Gambie est ainsi partie pour redevenir une « République », tout court.

Le « nouveau type de citoyen », tant recherché au Sénégal, serait alors apparu en Gambie. Il faut le saluer ! D’autant plus que les foules nombreuses et enthousiastes, qui ont accueilli le nouveau président de la République à son retour d’exil, se sont disputé à cette occasion-là, avec pour ainsi dire l’enthousiasme des grands-messes politiciennes, qui le patriotisme, qui l’attachement indéfectible aux principes de la République et de la démocratie. D’aucuns prétendent même que ces foules si opportunément nombreuses et accueillantes étaient composées indistinctement de pro-Barrow et de pro-Jammeh, à l’exception peut-être, préviennent-ils tout de même, du « peuple » de Kanilaï, le fief, resté fidèle, du désormais ex-homme fort de Banjul.

Il existe cependant un écueil, qui se présente incontestablement au nouveau président de la République comme une gageure : ‘‘Le besoin de paix, de sécurité et de stabilité du pays doit-il abolir dans la Gambie post-Jammeh celui de justice ?’’

Certes, est-il relativement facile de pardonner à un « système ». Ça l’est d’ailleurs, dans la mesure même où il est difficile de pardonner à un individu. Nous l’avons vu avec Nelson Mandela, qu’on adore citer en exemple, et qui a su en son temps, au nom d’un Peuple sud-africain appelé à se réconcilier avec lui-même, pardonner au régime affreux de l’apartheid. Mais nous avons été également les témoins incrédules, inconsolables peut-être, de ce qu’il n’a guère pu en même temps pardonner à son ex-épouse, Winnie Mandela, y compris outre-tombe, puisque, à la faveur de son testament, celle-ci a été définitivement déchue de tous ses droits sur leur maison familiale, au terme d’un éprouvant combat judiciaire.

C’est tout l’enjeu, donc, de la situation post-Jammeh en Gambie. De son dénouement dépend en effet l’avenir politique de cette démocratie naissante. Son développement économique ainsi que son équilibre socioculturel en dépendent aussi.

Comment, en effet, être juste et généreux voire magnanime, sans en même temps sacrifier la justice (légitime en soi) à l’autel de l’impunité (illégitime par essence) ? Est-il d’ailleurs jamais légitime de résister à la pression de victimes présumées ou de leurs ayants-droits, réclamant à bon droit que la justice soit faite et que le droit soit dit, ici et maintenant ? Et que penser de la redoutable tentation qui, certainement, sera toujours aux aguets, d’avoir constamment besoin du souvenir de Yahya Jammeh pour gouverner ? Qui plus est, à quoi cela pourrait-il servir, sinon à justifier l’injustifiable du moment ?

Mais bientôt, peut-être, tout le monde aura tout oublié. C’est du moins ce que nous espérons.

En tous les cas, les unes dans les autres, chacune de ces interrogations vaut un appel à l’humilité et à la responsabilité, au dépassement peut-être, mais certainement à une assistance plus que bienveillante (sincère et non-hypocrite), de la part de la Communauté internationale, dans le traitement nécessairement douloureux du bilan des 22 années du ‘‘régime-Jammeh’’. Un régime qui a fini avec son mentor de se mettre à dos infiniment plus d’ennemis que d’amis. Mais tous les ennemis de Yahya Jammeh ont-ils forcément aimé la Gambie ? Et ses amis ? Ont-ils jamais aimé la Gambie ?

Pour notre part, nous rendons grâce à Dieu, nous sommes heureux de n’avoir jamais été, ni de ceux-ci, ni de ceux-là, cependant que nous avons aimé à notre manière la Gambie. Et nous continuerons d’aimer, toujours à notre manière, ce beau « petit pays » à l’avenir encore incertain.

Bon vent au Peuple frère de Gambie !

Dakar le 29 janvier 2017.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

 L'auteur  Jean-Marie François Biagui
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