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Ce référendum-là en cachera nécessairement un autre !

Posté par: Jean-Marie François Biagui| Lundi 11 août, 2014 15:39  | Consulté 1755 fois  |  1 Réactions  |   

Le président Macky Sall a donc tranché : il a promis de réduire son mandat de deux ans, mais il ne le fera pas. Ou, plus exactement, il va s’en remettre au bon vouloir du Peuple, qu’il saisira en l’occurrence en temps utile par référendum. C’est d’autant plus logique que le mandat présidentiel appartient au Peuple. Ce qui lui confère un caractère sacré. D’une durée de sept ans, celui en cours est censé expirer en 2019, pour être confié au président Macky Sall depuis le 25 mars 2012. Malheureusement, ou heureusement, c’est selon, de cette échéance, l’actuel chef de l’Etat affirme ne pas vouloir. Qui plus est, ressasse-t-il à satiété, il s’est engagé, à la faveur de la dernière campagne présidentielle, à réduire son mandat de deux ans une fois élu.

Or, nous persistons et signons, il n’y a rien de grand, ni d’honorant, ni d’éthique, ni même d’esthétique, encore moins de politiquement admirable, à démissionner ou à faire réduire son mandat, pour en solliciter aussitôt un autre. Car, qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre option, cela s’appelle abdiquer. C'est-à-dire abandonner le pouvoir suprême, quelles qu’en soient par ailleurs les motivations profondes. Aussi, en l’espèce, on abandonne le pouvoir, et on s’en va, et on ne se retourne pas, arborant à cet effet des « œillères » qui interdisent de voir ou de regarder de côté. En fait, ou en principe, on s’en va avec dignité, et pour de bon.

Sauf que, ici, nous sommes au Sénégal, où, hélas, les principes peuvent se décliner en autant de paramètres qu’il n’y a d’individus. De sorte que, pour coller au sujet qui nous intéresse, le président de la République peut, impunément, démissionner ou faire réduire son mandat de quelque durée qui lui plaise, pour aussitôt en solliciter un autre.

Donc, le président Macky Sall a décidé de convoquer prochainement le corps électoral sénégalais pour lui soumettre, par référendum, la question du genre : Voulez-vous, comme moi, la réduction de mon mandat présidentiel de sept à cinq ans ?

Si les Sénégalais votent majoritairement ‘‘oui’’, ils n’auront pas nécessairement exprimé leur adhésion au présumé idéal du mandat présidentiel de cinq ans. Peut-être, ou probablement, auront-ils plutôt manifesté leur désir de hâter le départ du pouvoir du président Macky Sall. Auquel cas, le ‘‘oui’’ au référendum ne sera, ni plus ni moins, qu’un ‘‘non’’ à un second mandat pour le président sortant. Ce qui devra, alors, se vérifier dès la prochaine élection présidentielle, tandis que ce référendum passera pour l’enquête d’opinions la plus réaliste et la plus onéreuse au monde.

Les tenants de la théorie de « Gouvernement de transition ou de mission » auront alors gagné leur pari, celui précisément qui consiste, rappelez-vous, à confier le pouvoir à un candidat issu de la coalition Benno Siggil Senegaal (BSS) ou, en désespoir de cause, de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY), à charge pour ce dernier d’exécuter la feuille de route impartie par ladite coalition, et ce dans un délai qui n’excède guère cinq ans. En effet, par définition, un gouvernement de transition ou de mission n’a pour avenir que son extinction ou son sabordage au terme de son mandat.

En revanche, si le ‘‘non’’ au référendum l’emporte, ce qui est très peu probable, le président Macky Sall devra démissionner de son mandat, illico, pour être conséquent avec lui-même. Et c’est bien là que, fondamentalement, se pose l’équation ‘‘Macky Sall’’ quand il confesse à souhait qu’il n’est pas « homme à s’engager à la légère ». Soit ! Mais quel homme est-il jamais à l’abri d’erreurs, y compris de jugement ? En l’occurrence, n’est-ce pas céder à la facilité que d’emprunter le versant de l’orgueil ou de la toute-puissance, plutôt que de s’arrêter, un temps soit peu, pour devoir s’interroger sur la pertinence de son engagement, ou simplement de sa promesse, fût-elle électorale ?

Qu’à cela ne tienne, sous-traiter l’accomplissement de son engagement avec un tiers (ici le Peuple sénégalais), avec le risque certain que comporte son possible non-accomplissement in fine, ne saurait correspondre à notre entendement quant à l’assertion selon laquelle l’on ne daignerait pas être un « homme qui s’engage à la légère ».

Sous ce rapport, du moins si tant est que le présumé idéal du mandat présidentiel de cinq ans soit un impératif tel que le président Macky Sall eût cru devoir l’actualiser, dès lors qu’il en a les moyens (dont notamment sa seule volonté souveraine), pourquoi donc ne pas le réaliser, ici et maintenant, et sans qu’il ne soit nécessaire de recourir à aucun artifice politico-juridique d’aucune sorte ? En l’espèce, et à défaut de démissionner immédiatement, pourquoi ne pas acter, d’ores-et-déjà, son départ volontaire du pouvoir au terme de cinq années passées à la tête de l’Etat ?

A la vérité, il n’y a rien de vraiment réfléchi dans la promesse fameuse du candidat Macky Sall. Tout au plus, y a-t-il, en l’occurrence, la pleine mesure d’un homme politique, c’est-à-dire d’un humain, qui se bat, avec passion, peut-être même avec une passion exacerbée, mais de bonne foi, en vue d’accéder à la magistrature suprême de son pays. Et il n’y a pas de honte à cela. Mais il n’y aurait surtout pas de mal à se ressaisir après coup, et à s’amender à l’occasion, de manière digne, pour devoir alors reconsidérer son engagement ou sa promesse en toute responsabilité. Et dans l’intérêt de la Nation !

Dakar, le 11 août 2014.

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Mouvement pour le Fédéralisme

et la Démocratie Constitutionnels (MFDC-fédéraliste)

 L'auteur  Jean-Marie François Biagui
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Julio95 En Août, 2014 (19:10 PM) 0 FansN°:1
je pense qu'en organisant un référendum, le président est conséquent avec lui même.
hormis le coût, je suis tout à fait d'accord qu'il emprunte cette voie car seul le peuple peut décider de la réduction du mandat. si les députés étaient des patriotes, la voie parlementaire nous économiserait de l'argent. la démocratie a aussi un coût

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Jean-Marie François Biagui
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